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La Plus précieuse des marchandises

La Plus précieuse des marchandises

de Michel Hazanavicius

La Plus précieuse des marchandises

de Michel Hazanavicius

La plus anonyme des marchandises


La plus anonyme des marchandises

On ne sait pas très bien ce qui a poussé Thierry Frémaux à sélectionner en compétition La Plus précieuse des marchandises, tant le film semble surtout avoir été réalisé dans la perspective d’être montré dans un cadre scolaire. Premier film d’animation présenté en compétition à Cannes depuis Valse avec Bachir, ce conte sur la Shoah est principalement porté par une ambition pédagogique, certes non des moindres : il s’agit pour Hazanavicius de faire éprouver aux enfants l’horreur de l’Holocauste, à travers l’histoire d’un couple de bûcherons qui recueille un bébé « tombé » d’un train en route vers Auschwitz. Adapté d’un livre de Jean-Claude Grumberg, le film anonymise tous les noms propres (des pays, des camps, des personnages) et remplace les Juifs par les « sans-cœur ». Cet enrobage parfois ridicule dans sa propension à la guimauve (comme lorsque les personnages répètent en boucle « les sans-cœur ont un cœur ! ») n’est toutefois que scénaristique : visuellement, le film ne triche pas. Quand il passe les portes du camp, on reconnaît bien les pyjamas rayés, les étoiles jaunes, les cheminées des chambres à gaz, les corps décharnés et même les cadavres rachitiques.

L’animation permet au cinéaste de contourner l’impératif moral de l’infilmable, en reproduisant les images traumatiques de Nuit et brouillard. Sur le terrain de la représentation de la Shoah, déjà amplement défriché par Lanzmann, le film emprunte une voie sinueuse : s’il n’y a effectivement aucun acteur qui incarne pour de faux ces visions devant une caméra, des anciens élèves de l’école des Gobelins ont bien dû animer image par image les os apparents des prisonniers, et le tout est noyé par les insupportables violons d’Alexandre Desplat, qui « fictionnalisent » avec une certaine lourdeur l’horreur du génocide. Il serait sans doute exagéré de pointer du doigt Hazanavicius sur cette question, tant on le sent absolument sincère dans ses intentions, mais ces dernières n’en font pas pour autant un bon cinéaste d’animation. Hormis quelques belles apparitions (le train dans la nuit) et une poignée de segments muets, le style et la mise en scène s’avèrent assez génériques : les personnages, avec leurs traits épais et leurs mouvements lissés, semblent particulièrement dénués de vie. Ni beau ni laid, le film n’est jamais vraiment déshonorant, mais il paraît reposer davantage sur un savoir-faire que sur un regard d’auteur.

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