© Carlotta Films
The Scores (ep.11) : Rob Jacobs

The Scores (ep.11) : Rob Jacobs

The Scores (ep.11) : Rob Jacobs

Chaque mois sur Kiosk Radio et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Rob Jacobs est réalisateur et membre du collectif Faire-Part. 

COLD WAR BY PAWEL PAWLIKOWSKI

00′00″ ♪ Dwa Serduszka (Folk song)

Plusieurs versions de cette chanson traditionnelle ponctuent le film. Dwa serduszka, cztery oczy — Deux cœurs, quatre yeux — raconte l’histoire d’un amour impossible. Je suis ému à chaque fois, mais particulièrement au début du film, lorsqu’une jeune fille s’exerce à jouer les accords complexes de la chanson.

Several versions of this folk song play throughout the film. Dwa serduszka, cztery oczy — Two Hearts, Four Eyes — tells the story of an impossible love. I’m moved every time, but especially in the beginning of the film, when a young girl is practising the song’s tricky progression.

DAYSLEEPERS BY ENZO SMITS

00′00″ ♪ Sound excerpt

00′47″ ♪ Original Score by Liew Niyomkarn

Mon ami Enzo a réalisé un très beau et subtil film sur un garçon qui trouve un cheval dans le centre de Bruxelles, par une chaude nuit d’été. Le compositeur Liew Niyomkarn a construit un écrin sonore délicat autour du bruit des pas du cheval sur le béton de la ville.

My dear friend Enzo made a subtle and beautiful film about a boy who finds a horse in the centre of Brussels on a hot summer night. Composer Liew Niyomkarn built a delicate sonic room around the sound of the horse’s footsteps on the city concrete.

LES CHEVAUX DE FEU BY SERGEI PARAJANOV

01′57″ ♪ Sound excerpt

03′12″ ♪ Verbova Doshchechka (folk song)

Mon amoureuse Caro et moi sommes tombés par hasard sur une projection de minuit de ce film, dans un camping, et nous avons été émerveillés. Des mouvements de caméra qui semblent impossibles nous emportent le long de rivières enneigées et à travers des forêts denses. C’est une autre histoire d’amour tragique, cette fois ancrée dans le folklore des Carpates ukrainiennes.

My love Caro and I stumbled upon a midnight screening of this film at a campsite and were in awe. Seemingly impossible camera movements carried us along snowy rivers and through dense forests. It’s another tragic love story, this time set in the folklore of the Ukrainian Carpathians.

SOUNDTRACK TO A COUP D’ÉTAT BY JOHAN GRIMONPREZ

04′19″ ♪ Max Roach and Abbey Lincoln — Triptych : Prayer / Protest / Peace

Un fredonnement hypnotique explose en un cri de 80 secondes dans ce morceau tiré de la bande originale jazzy de Soundtrack to a Coup d’État. Quelques mois seulement après avoir enregistré cette composition, en février 1961, Max Roach et Abbey Lincoln pénétrèrent dans la salle du Conseil de sécurité de l’ONU à New York et protestèrent contre l’assassinat de Patrice Lumumba. Le film retrace la collision entre le jazz et la politique à l’époque de la guerre froide.

Hypnotic humming explodes into an 80-second scream in this song from jazz-packed Soundtrack to a Coup d’État. Just a few months after recording the composition in February 1961, Max Roach and Abbey Lincoln walked into the UN Security Council chamber in New York and loudly protested the assassination of Patrice Lumumba. The film traces the collision of jazz and politics in the Cold War era.

LUMUMBA, LA MORT DU PROPHÈTE BY RAOUL PECK

08′12″ ♪ Du côté du Katanga by Henri Lopès (poem)

Lumumba, la mort du prophète s’ouvre sur un poème évoquant un géant tombé au Katanga, dans l’est du Congo, tandis que la caméra observe des gens s’abritant de la pluie au cœur de Bruxelles. C’est un film poétique et personnel, mais aussi rigoureux, informatif et sans compromis, réalisé dans les années 1990, sur l’assassinat de Patrice Lumumba et le sabotage de la jeune démocratie congolaise par une intervention conjointe des États-Unis et de la Belgique.

Lumumba, la mort du prophète opens with a poem about a giant who fell in Katanga, in eastern Congo, while the camera observes people sheltering from the rain in the centre of Brussels. It is a poetic and personal, but rigorously informative and uncompromising film from the 1990s about the assassination of Patrice Lumumba and the sabotage of young Congolese democracy through a joint US-Belgian intervention.

JOY BOY, A TRIBUTE TO JULIUS EASTMAN BY FALLON MAYANJA, PAUL SHEMISI, MAWENA YEHOUESSI, ROB JACOBS, ANNE REIJNIERS, VICTOIRE KARERA KAMPIRE

08′45″ ♪ Julius Eastman — Joy Boy

Avec cinq amis — Fallon, Mawena, Victoire, Anne et Paul — nous avons réalisé un film en hommage au musicien et militant révolutionnaire Julius Eastman. Ce fut une expérience profondément transformatrice que de travailler aux côtés de ces artistes bienveillants et visionnaires. Le film se compose de quatre clips vidéo qui s’entrecroisent, pour quatre compositions musicales. Cette pièce, Joy Boy, accompagne le dernier chapitre et sonne pour moi comme une renaissance après une longue traversée dans l’obscurité.

Together with five beloved friends — Fallon, Mawena, Victoire, Anne, and Paul — we created a tribute to revolutionary musician and activist Julius Eastman. It was transformative to work alongside these kind and visionary artists. The film consists of four interconnected video clips for four musical compositions. This piece — Joy Boy — is the score for the final chapter, and to me sounds like rebirth after a long stretch of darkness.

BEAU TRAVAIL BY CLAIRE DENIS

12′05″ ♪ Souls le soleil brûlant d’Afrique (colonial chant)

Mon ami Jonathan m’a montré ce film lorsque je venais de déménager en ville. C’était l’un des premiers films que j’ai vus qui n’était pas un blockbuster, et il a changé ma conception de ce que pouvait être le cinéma. Un film ambigu, d’une beauté aveuglante, sur la masculinité, l’ego, la répression et le colonialisme. Une lumière solaire éclatante, des têtes rasées, l’hypnose des mouvements synchronisés. On entend une unité de la Légion étrangère française entonner un chant sous le soleil brûlant de Djibouti.

My friend Jonathan showed me this film when I first moved to the city. It was one of the first films I saw outside the blockbuster-sphere, and it changed my idea of what cinema could be. An ambiguous, blindingly beautiful film about masculinity, ego, repression, and colonialism. Bright sunlight, shaven heads, the hypnotism of synchronised movement. We hear a French Foreign Legion unit chanting under Djibouti’s blazing sun.

ALBERTA’S ROOM BY VICTOIRE KARERA KAMPIRE

12′22″ ♪ Original Score by Penelope Gratacos

Une caméra tourne lentement autour d’un salon et raconte l’histoire d’Alberta Gaye, la mère de Marvin Gaye, qui a perdu son fils dans un drame familial. J’ai vu ce court métrage de nombreuses fois, et chaque visionnage révèle quelque chose de nouveau — caché dans les meubles de la pièce ou enfoui dans le son. Je l’ai un jour vu au bord de la mer, à Ostende, où se déroule l’histoire. J’ai regardé la mer par la fenêtre de la salle jusqu’à ce que l’écran descende. Lorsqu’il est remonté, la mer était toujours là, mais elle signifiait quelque chose de différent.

A camera slowly spins around a living room and tells the story of Alberta Gaye, Marvin Gaye’s mother, who lost her son in a family drama. I’ve seen this short film many times, and each viewing reveals something new — hidden in the room’s furniture or buried in its dense soundscape. I once saw it by the beach in Ostend, where the story is set. I watched the sea through the venue’s window until the screen came down. When it came back up, the sea was still there, but somehow it meant something different.

15′52″ ♪ Marvin Gaye — What’s Going On

Mother, mother
There’s too many of you crying
Brother, brother, brother
There’s far too many of you dying
Father, father
We don’t need to escalate

Dans la bande originale de Alberta’s Room, deux voix murmurent les paroles de What’s Going On de Marvin Gaye. La manière calme et retenue dont elles prononcent les mots leur donne une tout autre résonance que la façon enjouée avec laquelle ils sont chantés dans la version originale.

In the soundtrack of Alberta’s Room, two voices whisper the lyrics of Marvin Gaye’s What’s Going On. The quiet, subdued way they say the words gives them a very different feeling from the upbeat way they’re sung in the original.

BLADE RUNNER BY RIDLEY SCOTT

18′02″ ♪ Vangelis — Memories of Green

22′47″ ♪ Sound excerpt

« La tortue gît sur sa carapace, le ventre brûlant sous le soleil, battant des pattes pour essayer de se retourner, mais elle n’y arrive pas. Pas sans votre aide. Mais vous ne l’aidez pas. Pourquoi ça ? »

Un réplicant présumé est soumis à une série de questions pour déterminer s’il est humain ou non. L’écho de sa voix, les battements de cœur qui s’accélèrent… le stress prend le dessus. J’ai l’impression que ma température corporelle augmente de deux degrés en deux minutes.

A tortoise lays on its back, its belly baking in the hot sun, beating its legs trying to turn itself over, but it can’t. Not without your help. But you’re not helping. Why is that ?

A suspected replicant is tested for their humanity through a set of unsettling questions. The echo of his voice, the accelerating heartbeat… stress takes over. My body temperature seems to rise by two degrees in two minutes.




THIS SUFFOCATING NOW BY VIKA KIRCHENBAUER

24′07″ ♪ Sound excerpt

24′47″ ♪ Original Score by Vika Kirchenbauer

Le film de Vika parle du fait de dénoncer les violences génocidaires commises contre les Palestiniens tout en travaillant au sein d’une école de cinéma allemande. Il propose un regard personnel, queer et militant sur la crise politique que traverse l’Allemagne depuis quelques années, replacée dans le contexte plus large de l’histoire allemande. Elle a composé elle-même la bande originale. Je trouve cette musique à la fois troublante et exaltante, comme l’expression presque extatique d’une certaine tension.

Vika’s film speaks about calling out the genocidal violence against Palestinians, while working within a German film school. It offers a personal, queer, activist lens on the political crisis in Germany over the past few years, situated within the broader context of German history. Her own music plays through the film. To me, the music feels unsettling but uplifting, an almost ecstatic expression of tension.

MAX, MON AMOUR BY NAGISA OSHIMA

26′52″ ♪ Original Score by Michel Portal

Je suis un jour allé voir mon ami Eduardo en Espagne, avec la bande originale de Max, mon amour qui tournait en boucle dans mes écouteurs. Ce ne sont que des variations autour d’une même mélodie — certaines plus enjouées, d’autres plus mélancoliques. Je me suis profondément attaché à cette bande originale, et je ne peux plus l’entendre aujourd’hui sans penser à mon ami en train de faire cuire des oignons sur un feu de bois, et à la couleur jaune des rochers de la côte. J’aime vraiment beaucoup le doux fredonnement de cette version.

I once made a trip to see my friend Eduardo in Spain with the soundtrack of Max, mon amour playing on repeat in my headphones. It’s all variations on the same melody — some more upbeat, some more melancholic. I grew very attached to the soundtrack, and I can’t hear it now without thinking of my friend cooking onions over an open fire, and the yellow colour of the coastal rocks. I really love the soothing humming in this version.

MOONSCAPE BY MONA BENYAMIN

29′17″ ♪ Original Score by Mona Benyamin

Moonscape est un court métrage construit comme une succession de clips musicaux. L’une des chansons raconte l’étrange histoire de Dennis M. Hope, qui revendiqua la propriété de la Lune en 1980 et fonda la Lunar Embassy, une entreprise qui vend des parcelles de terrain sur la Lune. Le film fait le lien entre cette absurde fantaisie coloniale et la réalité de la vie de la réalisatrice : une jeune palestinienne vivant sous occupation israélienne. Elle se demande si elle pourrait, elle aussi, acheter une parcelle sur la Lune, puisque la terre de ses ancêtres lui a été prise.

Moonscape is a short film shaped like several music videos. One of the songs tells the strange story of Dennis M. Hope, who claimed ownership of the Moon in 1980 and founded the Lunar Embassy, a company selling plots of land on the Moon. The film connects this absurd colonial fantasy with the reality of the director’s own life : a young Palestinian woman living under Israeli occupation. She wonders whether she too could buy land on the Moon, since the land of her ancestors has been taken from her.


ANTUCA BY MARÍA BAREA AND WARMI CINE Y VIDEO COLLECTIVE

31′34″ ♪ Sound excerpt (folk song)

Le film suit Antuca, une jeune femme autochtone qui quitte Cajamarca pour Lima, au Pérou, où elle trouve un poste de domestique éprouvant et s’engage dans un mouvement politique. Le film — construit à partir de témoignages et de récits de vie de femmes exerçant ce type de travail — est traversé de musique et de chants collectifs. On entend ici un extrait d’un chant autochtone, entonné pendant le travail de la terre.

The film follows Antuca, a young Indigenous woman who leaves Cajamarca for Lima in Peru, where she does demanding domestic work and becomes involved in a political movement. The film — based on testimonies and life stories from women in this line of work — is full of music and collective singing. Here we hear a fragment of an Indigenous song, sung while working the land.

COMMON SIDE EFFECTS BY JOE BENNETT & STEVE HILEY

32′16″ ♪ John Leyton — Johnny, Remember Me

Une histoire psychédélique autour d’un champignon mystérieux capable de guérir presque toutes les maladies, et de l’industrie pharmaceutique qui fait tout son possible pour le garder secret. La série est un mélange détonnant de conspiration, d’humour, de commentaire politique et d’animation surréaliste. C’est aussi la chanson parfaite à envoyer à mon ami Jonathan lorsqu’il met trop de temps à répondre à mes messages.

A psychedelic story about a mysterious mushroom that can cure almost anything, and the pharmaceutical industry doing everything it can to keep it hidden. This series is a wild combination of conspiracy, humour, political commentary and surreal animation. It is also the perfect song to send to my friend Jonathan when he takes too long to reply to my messages. 

ANY WAY THE WIND BLOWS BY TOM BARMAN

34′46″ ♪ Sound excerpt

“- Un nouveau KISS ?

- Tu sais bien qu’on ne vend pas ça ici. Ici, on vend de la dance music.

- Ah, les snobs de la dance réunis ! Eh bien, moi, je danse sur la musique de KISS.

- KISS ne joue plus, non ?

- Qu’est-ce que tu viens de dire ?

- Anything new from KISS ?
 — You know we won’t sell that here. Here, we sell dance music.
 — Ah, the dance snobs together ! Well, I dance to the music of KISS.
 — KISS stopped playing, right ?
 — What did you say ?



LOVERS ROCK BY STEVE MCQUEEN

35′15″ ♪ The Revolutionaries — Kunta Kinte

Les DJ passent ce morceau emblématique trois fois de suite lors d’une incroyable fête, jusqu’à ce que la police vienne y mettre fin. J’adore ces dix minutes de dub, débordantes d’énergie. L’une de mes séquences de danse préférées, dans un magnifique film sur la musique, la politique et la scène dub du Londres des années 1970. C’est le genre de film qu’il faut découvrir devant un mur d’enceintes.

The DJs play this iconic track three times in a row at an amazing house party, until the police break it up. I love these 10 minutes of uninterrupted, high-energy dub intensity. One of my favourite dance sequences, in a beautiful film about music, politics, and the dub scene in 1970s London. It’s the kind of film best experienced in front of a wall of speakers.

ANY WAY THE WIND BLOWS BY TOM BARMAN

39′45″ ♪ Squarepusher — My Red Hot Car

Any Way the Wind Blows présente Anvers au début des années 2000 comme l’endroit le plus cool de la planète. Vrai ou faux, je trouve que c’est un film belge unique, sur l’imprévisibilité de la ville, la chaleur de l’été, les rêves et la paranoïa. Toute la bande originale est géniale. On le passait autrefois dans les bars où je travaillais avec mes amis, ce qui donnait à nos nuits de travail un petit air de cinéma.

Any Way the Wind Blows shows early-2000s Antwerp as the coolest place on earth. True or not true, I think it’s a unique Belgian film, about the unpredictability of the city, summer heat, dreams and paranoia. The whole soundtrack is great. We used to play it in the bars where I worked with my friends, giving our work nights a film-like quality.

THE MATRIX BY Lana & Lilly Wachowski

44′06″ ♪ The Prodigy — Mindfields

- Pourquoi j’ai mal aux yeux ?
 — Parce que tu ne les as jamais utilisés.

- Why do my eyes hurt ?
- You’ve never used them before.

BEAU TRAVAIL BY CLAIRE DENIS

46′24″ ♪ Tarkan — Simarik

Une chanson inoubliable qui a accompagné l’enfance de nombreux euro-millennials, souvent chantée sans aucune grâce dans un turc phonétique approximatif. Elle retentit au début de la scène en boîte de nuit de Beau Travail, après les rituels et chants militaires. Le film a récemment été restauré ; j’ai envie de le revoir.

An unforgettable song from the childhood of many euro-millennials, often gracelessly sung along to in terrible phonetic Turkish. It plays during the early nightclub scene in Beau Travail, following military rituals, marching and singing. The film was recently restored ; I want to see it again.



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