The Scores (ep.13) : Smell Like Teen Spirit

The Scores (ep.13) : Smell Like Teen Spirit

The Scores (ep.13) : Smell Like Teen Spirit

Chaque mois sur Kiosk Radio et Critikat, un.e invité.e partage ses bandes-son de films favorites et ses souvenirs cinéphiles. Le Smells Like Teen Spirit est un festival dédié au teen movie. Leur dixième édition aura lieu du 30 octobre au 4 novembre 2026 au cinéma Le Grand Action. Découvrez le programme ici.

Loin de toute approche théorique ou historique, cette playlist a été pensée comme une plongée subjective et collective dans les bandes-sons de nos adolescences, en tout cas celles qui se sont déroulées à l’écran et les traces qu’elles ont pu laisser en dehors.

On y retrouvera des échos des programmations passées (ou futures!) des 10 éditions du festival. Ou pas !

Far from any theoretical or historical approach, this playlist was conceived as a subjective and collective dive into the soundtracks of our teenage years — or at least those that unfolded on screen, and the traces they may have left beyond it. 

You might find echoes of past (or future!) line-ups from the festival’s ten editions. Or maybe not !

THE VIRGIN SUICIDES BY SOFIA COPPOLA

00′00″ ♪ Air — Highschool Lover

C’est comme si ce film connaissait tous mes secrets.

Une amie de ma mère était bouleversée juste après l’avoir vu au cinéma et m’avait raconté toute l’histoire avec des sanglots dans la voix : j’ai imaginé ce film encore et encore jusqu’au jour où j’ai pu le voir grâce à Arte sur la télévision familiale.

Le choc : la beauté éthérée des images, les robes féériques, le désespoir des adolescentes et la musique mélancolique de Air…

It’s as if this film knew all my secrets.

A friend of my mother’s was devastated after seeing it at the cinema. She told me the whole story, her voice breaking with sobs. I imagined the film over and over again until the day I finally got to see it on Arte, on the family television.

The shock : the ethereal beauty of the images, the fairy-tale dresses, the teenage girls’ despair, and Air’s melancholic music…

ALL ABOUT LILY CHOU-CHOU BY SHUNJI IWAI

02′37″ ♪ Lily Chou-Chou — Ai No Jikken

S’il existe un sous-genre particulièrement fécond du teen-movie c’est celui du “high-school band movie”, qui de Rock’n’roll high school à Scott Pilgrim en passant par Linda Linda Linda a souvent donné lieu à des scènes musicales anthologiques et des créations aussi étranges que maladroites. Mais Shunji Iwai a ici pris une tangente incroyable, façonnant tout son film autour d’une chanteuse fictionnelle en lui créant un répertoire et en organisant son récit autour des fans et des effets qu’ils ressentent au contact de cette musique. Et qui a connu un rapport obsessionnel à la musique dans l’adolescence ne peut que se reconnaître dans cet espoir que les clefs du monde nous soient livrées dans les paroles d’une chanson triste.

If there’s one particularly fertile subgenre of the teen movie, it’s the “high-school band movie”. From Rock ’n’ Roll High School to Scott Pilgrim, or Linda Linda Linda, it has given us countless iconic musical scenes and creations that are as strange as they are awkward. But Shunji Iwai takes a remarkable detour here, building his entire film around a fictional singer, creating a repertoire for her and structuring the narrative around her fans and the effects this music has on them. Anyone who experienced an obsessive relationship with music during their teenage years can only recognise themselves in the hope that the lyrics of a sad song might hold the keys to the world.

NOWHERE BY GREGG ARAKI

07′59″ ♪ Cocteau Twins — Seekers who are lovers

Que dire de pertinent sur Araki qui n’a pas déjà été dix cent fois ?

Que les bandes-sons de ses films sont aussi bien le meilleur de leur époque que des albums d’une cohérence émotionnelle qui touche à l’éternité ?

Qu’il est l’un (Le ?) des cinéastes les plus importants a avoir filmé l’adolescence, sa violence, sa beauté folle, sa fluidité ?

Dans tous les cas c’est follement réjouissant de constater qu’il est sans cesse redécouvert, que ce soit sur un DVD de médiathèque, un rip tout pixelisé pris sur un forum, lors d’une séance en salle sur une copie 35mm fatiguée mais aux couleurs si vives ou dans les très belles versions restaurées 4K qui sont désormais disponibles.

What can you possibly say about Araki that hasn’t already been said a hundred times over ?

That the soundtracks to his films are not only among the best of their era, but also albums of such emotional coherence that they seem to reach into eternity ?

That he is one of the — perhaps the — most important filmmakers ever to capture adolescence, its violence, its insane beauty, its fluidity ?

In any case, it’s incredibly gratifying to see him constantly being rediscovered, whether through a DVD borrowed from a public library, a heavily pixelated rip found on a forum, a screening on a battered 35mm print whose colours remain so vivid, or the beautiful 4K restorations now available.

TWILIGHT BY CATHERINE HARDWICK

12′37″ ♪ Blue Foundation — Eyes on Fire

Ok il y a eu les suites, toutes plus décevantes les unes que les autres (pourquoi ne pas avoir laissé Catherine Hardwick aux manettes!), mais en 2008 pendant une poignée de secondes d’une fébrilité rare, enrobées par l’électro-pop so 00’s de Blue Foundation, le monde entier était Bella espérant voir Edward apparaître et l’arracher à son quotidien sans saveur.

Sure, there were the sequels, each more disappointing than the last (why on earth didn’t they let Catherine Hardwicke stay in charge?). But in 2008, for a handful of extraordinarily feverish seconds, wrapped in Blue Foundation’s very 2000s electro-pop, the whole world was Bella, hoping to see Edward appear and whisk her away from her flavourless everyday life.

CRUEL INTENTIONS BY ROGER KUMBLE

17′28″ ♪ Placebo — Every me, Every you

Pendant des années mon plus grand rêve c’était d’avoir le même collier pour prendre de la cocaïne que Kathryn Merteuil (Sarah Michelle Gellar) mais je me suis vite rendue compte que la cocaïne c’était de la merde (je rêve toujours du collier-crucifix malgré tout).

For years, my biggest dream was to own the same necklace Kathryn Merteuil (Sarah Michelle Gellar) used to snort cocaine. But I soon realised that cocaine was absolute shit (I still dream about that crucifix necklace, though).

LOSER BY AMY HECKERLING

20′58″ ♪ Wheatus — Teenage Dirtbag

Je n’ai jamais vu le film Loser mais j’ai regardé religieusement le clip de Teenage Dirtbag à chaque fois qu’il passait sur MTV sur la télévision de mes grands-parents : je connais encore chaque parole et chaque plan par cœur, celui de l’actrice dans le halo de lumière angélique, tickets pour Iron Maiden en main, me hante encore aujourd’hui. J’ai fait des pieds et des mains pour trouver le CD single dans la campagne où j’ai grandi : mon obsession pour ce morceau n’a jamais cessé de grandir et avait même contaminé ma meilleure amie ; notre fait d’arme préféré : avoir cassé toutes les lattes de mon lit en sautant dessus et en s’époumonant sur les aigus.

I’ve never seen Loser, but I watched the Teenage Dirtbag music video religiously every time it came on MTV on my grandparents’ television. I still know every lyric and every shot by heart. The image of the actress bathed in an angelic halo of light, Iron Maiden tickets in hand, still haunts me to this day.

I went to extraordinary lengths to find the CD single in the countryside where I grew up. My obsession with the song never stopped growing, and eventually rubbed off on my best friend, too. Our proudest achievement ? Breaking every single slat in my bed by jumping up and down on it, screaming along to the high notes.

LES BEAUX GOSSES BY RIAD SATTOUF

24′58″ ♪ The Vaselines — You Think you’re a man

Juste avant la fin des Beaux Gosses, Hervé a le cœur brisé suite à sa première rupture et pleure à chaudes larmes. Puis, à la faveur d’une ellipse aussi drôle que brusque, c’est déjà la rentrée suivante. En un plan séquence très court, sur la boite à rythme enlevée et ironique de « You Think you’re man » des Vaselines (reprise de l’artiste drag Divine !) on survole les changements survenus pendant l’été : les looks ont changé, chacun embrassant enfin son identité avec panache (on dirait que les personnages se sont déguisés); les duos se sont défaits puis reformés ; Hervé check son ex et emballe son nouveau crush avant qu’une coupe sèche au noir ne lance le générique.

La fin est d’autant plus abrupte et mélancolique que nous, spectateur, nous sommes pris le refoulé ingrat de ces années, le retour du pincement des premières fois et de la fin des amitiés alors que pour Hervé, pris dans le mouvement effréné de l’adolescence, la rupture est déjà oubliée.

La voix faussement innocente et gamine de Frances McKee (après laquelle Kurt Cobain a nommé sa propre fille) retentit alors et semble s’adresser directement au garçon que l’on était : Tu te prends pour un homme mais tu n’est qu’un gamin. La production nue du morceau, le contraste entre la mélodie enfantine et la provocation des mots donne à cette fin une émotion mélangée qui m’avait sauté au visage à la première vision et ne m’a jamais quitté. Riad Sattouf disait de ce morceau qu’il l’avait choisi parce qu’il racontait quelque chose de l’homosexualité refoulée de ses personnages masculins. C’est en tous cas un prolongement musical parfait de la distance amusée, lucide et cruelle de son regard sur l’adolescence, la performance et l’injonction à la virilité imposée aux jeunes hommes.

Just before the end of Les Beaux Gosses, Hervé is heartbroken after his first breakup and cries his eyes out. Then, thanks to a cut that is as funny as it is abrupt, we’re already at the start of the following school year. In a very brief scene, set to the jaunty, ironic drum machine of the Vaselines’ You Think You’re a Man (a cover of a song by drag artist Divine!), we get a quick overview of everything that has changed over the summer : the characters’ looks have evolved, everyone finally embracing their identity with panache (it looks as though they’ve all dressed up in costumes); couples have split up and got back together ; Hervé gives his ex a fist bump and hooks up with his new crush, before a hard cut to black launches the credits.

The ending feels all the more abrupt and melancholic because, as viewers, we’re suddenly hit by the unwelcome return of everything we’ve repressed about those years : the sting of first times, the end of friendships. For Hervé, swept up in the relentless momentum of adolescence, the breakup is already forgotten.

Then Frances McKee’s deceptively innocent, childlike voice (Kurt Cobain later named his daughter after her) rings out, seemingly addressing the boy we once were directly : You think you’re a man, but you’re just a boy. The song’s stripped-down production, and the contrast between its childlike melody and provocative lyrics, give the ending a strange, mixed emotion that hit me square in the face the first time I saw it and has never left me. 

Riad Sattouf said he chose the song because it spoke to something of the male characters’ repressed homosexuality. In any case, it’s the perfect musical extension of his amused, clear-eyed and cruelly perceptive take on adolescence, performance, and the pressure placed on young men to embody masculinity.

CLUELESS BY AMY HECKERLING

30′36″ ♪ No Doubt — Just a Girl

Non seulement cette chanson iconique apparaît dans le Citizen Kane du genre (Clueless d’Amy Heckerling) mais elle fait aussi l’ouverture du plus méconnu (à tort!) Romy and Michelle’s High School Reunion, qui par ailleurs est un film profondément travaillé par des effets de redites et répétitions. Le girl power 90’s à sa quintessence.

Not only does this iconic song appear in the Citizen Kane of teen movies (Clueless, directed by Amy Heckerling), it also opens the criminally underrated Romy and Michele’s High School Reunion, a film that is itself deeply shaped by repetition and recurring motifs. ’90s girl power at its absolute peak.

MEAN GIRLS BY MARK WATERS

33′59″ ♪ Kelis — Milkshake

Et si Clueless est le Citizen Kane du teen-movie que dire de Mean Girls ! Juste la meilleure musicienne de tous les temps (Kelis) dans le meilleur teen movie de tous les temps : baddest bitch.

And if Clueless is the Citizen Kane of teen movies, what about Mean Girls ? Simply the greatest musician of all time (Kelis) in the greatest teen movie of all time. Baddest bitch.

SPRING BREAKERS BY HARMONY KORINE

37′06″ ♪ Skrillex — Scary Monsters and nice sprites

Si le film sort à un moment où l’adolescence commence à être derrière moi, il ne fait aucun doute que le regard posé sur ces jeunes filles ne peut que frapper en plein cœur. Jamais un film n’a autant semblé plonger à corps perdu avec ses sujets, évitant toute psychosociologie de comptoir pour se situer à un endroit au-delà de la morale et l’univers musical façonné par Korine and co y est pour beaucoup, tant les barrières s’effondrent et les questions de bons goûts semblent secondaires pour laisser place à un pur règne de la matière.

Although the film came out at a time when my own adolescence was becoming a thing of the past, there’s no doubt that its portrayal of these young women hits you right in the heart. No film has ever seemed to throw itself so completely into the world of its subjects, avoiding any armchair pop sociology and positioning itself somewhere beyond morality.

The musical universe shaped by Korine and his collaborators has a lot to do with this. Boundaries collapse, questions of good taste become secondary, and pure sensation takes over.

DONNIE DARKO BY RICHARD KELLY

41′09″ ♪ Gary Jules — Mad World

Impossible de savoir si l’on aime ou adore ce morceau (sûrement les deux à part égale) mais c’est indéniablement un de ces moments musicaux qui marquent au fer rouge, et qui a pu entraîner la destruction totale d’un DVD à force de se repasser la scène en boucle.

It’s impossible to tell whether we like this song or absolutely adore it (probably both, in equal measure). But it’s undeniably one of those musical moments that leaves a profound mark — the kind that might lead you to destroy a DVD by replaying the same scene over and over again.

SCREAM BY DAVID SIMON & ERIC OVERMYER

44′11″ ♪ Nick Cave — Red Right Hand

Qu’il est drôle de se rendre compte aujourd’hui que le morceau est devenu une sorte de gag (en même temps à l’échelle de ce que la « saga » est-elle même devenue – même si on peut avoir une certaine fascination pour la version réarrangée très film noir faite pour Scream 3 aussi kitsch et bizarre que le film lui-même) là ou quand on découvre en dvd le premier film (des années après l’avoir fantasmé depuis la cour de récré où c’était toujours à celui qui réussirait à faire croire qu’il avait vu – on parlait plus de son interdiction aux moins de 16 ans que de ce qui s’y déroulait vraiment) la voix toute en menace de Nick Cave y fonctionnait au premier degré. Mais c’est à l’image de l’intelligence perverse de Wes Craven qui nous manque tant aujourd’hui.

It’s funny to realise today that the song has become something of a running joke. Then again, that’s in tone with what the franchise itself has become — although I do have a certain fascination with the rearranged, film-noir version made for Scream 3, which is every bit as kitsch and bizarre as the film itself.

But when you discover the first film on DVD, years after having fantasised about it from the school playground — where everyone was always trying to convince the others they’d seen it, and where we talked more about its being banned for under-16s than about what actually happened in it — Nick Cave’s menacing voice works in the most completely un-ironic way.

It’s a testament to the perverse intelligence of Wes Craven, whom we miss so much today.

OUT OF THE BLUE BY DENNIS HOPPER

48′57″ ♪ Neil Young — My My, Hey Hey

Bien avant de voir le film de Dennis Hopper ou même d’écouter la chanson je connaissais déjà part cœur une ligne des paroles : ‘It’s better to burn out than to fade away’ qui apparaît dans les dernières lignes de la lettre laissée par Kurt Cobain après son suicide. Bien que n’ayant pas vécu l’événement à l’époque, il est toujours fascinant de voir à quel point la figure de Cobain est devenue une sorte de passage obligé de toute adolescence, après la mienne qui était déjà une sorte de réplique d’un choc générationnel. Comme si l’onde de choc se répétait sur les générations suivantes, dans son rapport au désespoir et la rage. Un trauma, que le film de Dennis Hopper avait déjà complètement cerné bien avant les événements.

Long before I saw Dennis Hopper’s film, or even listened to the song, I already knew one line of its lyrics by heart : “It’s better to burn out than to fade away”, which appears in the closing lines of the letter Kurt Cobain left behind after his suicide.

Although I didn’t live through the event at the time, it’s still fascinating to see how Cobain has become almost a rite of passage in every teenager’s life — mine having already been shaped by a kind of aftershock of an earlier generational trauma. It’s as if the shockwave keeps repeating itself across generations, in their relationship with despair and rage. A trauma that Dennis Hopper’s film had already fully grasped long before the events themselves.

LAST DAYS BY GUS VAN SANT

52′40″ ♪ Michael Pitt — Death to Birth

Certainement l’une des raisons qui a réactivé ce choc sur mon adolescence : la découverte à 13 ans (presque 14), lors de sa sortie en salles en mai 2005 du film de Gus Van Sant inspiré des derniers jours de Cobain. Gus Van Sant qui accompagne mon éclosion à la cinéphilie puisque je vois le film seul au cinéma, là où le précédent Elephant est une sortie familiale en octobre 2003 : le saut entre le film que nos parents nous emmène voir et le film qu’on choisit d’aller voir seul c’est aussi ça le début de indépendance et l’apprentissage du monde qu’on pratique à l’adolescence.

Et des années après je crois que si le film a eu un impact aussi profond c’est peut-être dû à sa manière assez radicale d’évoquer son sujet avec un minimalisme loin de toute convention du biopic mais aussi de jouer d’une confusion bouleversante entre le réel et la fiction en faisant interpréter à Michael Pitt (qui est par ailleurs musicien) un morceau à lui : comme si la musique était toujours du côté de la vérité.

This is probably one of the reasons that shock from my own adolescence was reignited : discovering Gus Van Sant’s film, inspired by Cobain’s final days, when it came out in cinemas in May 2005, when I was thirteen (almost fourteen).

Gus Van Sant accompanied my awakening as a cinephile. I saw this film alone at the cinema, whereas Elephant, his previous film, had been a family outing in October 2003. That leap — from the films our parents take us to see to the films we choose to see alone — is also part of the beginning of independence, and of learning to navigate the world during adolescence.

Years later, I think the film’s profound impact may have come from its radical approach to its subject : a minimalism that rejects the conventions of the biopic, while also playing on a deeply affecting confusion between reality and fiction. Michael Pitt, who is also a musician, performs one of his own songs in the film — as if music were always on the side of truth.




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