Les Rencontres d’après minuit

Les Rencontres d’après minuit

de Yann Gonzalez

  • Les Rencontres d’après minuit

  • France2013
  • Réalisation : Yann Gonzalez
  • Scénario : Yann Gonzalez
  • Image : Simon Beaufils
  • Décors : Sidney Dubois
  • Costumes : Justine Pearce
  • Son : Jean-Barthélémy Velay, Damien Boitel, Xavier Thieulin
  • Montage : Raphaël Lefèvre
  • Musique : M83
  • Producteur(s) : Cécile Vacheret
  • Production : Sedna Films
  • Bonus DVD : Kate Moran (Ali), Niels Schneider (Matthias), Nicolas Maury (Udo), Éric Cantona (l'étalon), Fabienne Babe (la star), Julie Brémond (la chienne), Alain-Fabien Delon (l'adolescent).
  • Éditeur DVD : Potemkine
  • Date de sortie DVD : 4 mars 2014
  • Durée : 1h32

Les Rencontres d’après minuit

de Yann Gonzalez

« La sincérité du trucage »


« La sincérité du trucage »

Trafic d’influences

« Un film, c’est le reflet des influences d’un réalisateur à un moment précis de sa vie » dit Yann Gonzalez en évoquant un héritage qui revendiquerait un grand écart menant de La Belle Captive (1983) de Robbe-Grillet à The Breakfast Club (1985) de John Hughes. Les Rencontres d’après minuit s’assume donc sous une paternité cinéphilique hétéroclite et très ancrée dans la décennie 1980. Le film qui, à l’état de projet, s’est longtemps appelé Juke-Box, peut fonctionner comme une forme de sampling d’influences mêlées, tout comme son casting disparate se constitue d’acteurs aux corps très différents, et venus d’horizons très divers (théâtre, new burlesque ou football). Les Rencontres s’appuie sur le désir de montrer des corps nouveaux mais aussi de les faire jouer ensemble, mélangeant figures nouvelles, déjà connues ou venues d’ailleurs, et de les revisiter en les combinant avec d’autres dans d’improbables assemblages.
Paradoxalement, l’édition DVD, sans remettre en cause les « greffes » cinématographiques largement commentées lors de la sortie en salle du film, insiste sur ce que Yann Gonzalez se doit à lui-même. En proposant quatre de ses courts-métrages, elle permet de prendre conscience des obsessions qui traversent son œuvre. Comme les personnages diamétralement opposés du huis clos des Rencontres, ses films forment un ensemble un peu dépareillé duquel ressort pourtant une cohérence profonde et qui se traduit par la présence du fantastique ainsi que par le travail d’expérimentation sur la nature même de l’image.

Des vies fantastiques

La perméabilité entre la vie et la mort est commune à tous les films présentés dans cette édition peuplée de créatures revenant d’entre les morts. Ce passage d’un monde à l’autre se manifeste par une dialectique dedans/dehors qui place dos à dos des décors minimalistes et des plans tournés en décors naturels. Le décor réel, qui culmine par des plans de vagues s’échouant sur une plage, apparaît comme une sorte d’épiphanie après l’aventure menée dans le décor intérieur qui en serait la doublure retournée. L’antagonisme des décors les présente comme étant la doublure de l’un de l’autre et l’épiphanie du décor réel ne semble pouvoir se produire qu’après l’enfermement de l’aventure intérieure. Land of My Dreams (2012) joue de cette opposition entre les coulisses tendues de rouge qui abritent la mère foraine et sa fille dont elle jette le corps en pâture au regard des hommes et la piste de fortune située sur un terrain vague derrière un lotissement. Nous ne serons plus jamais seuls (2012) cherche à épouser la subjectivité d’un groupe de jeunes lors d’une fête, à travers la transe de la drogue, du désir et la danse et les projette au matin dans une campagne paisible et accueillante : la nature vampirique des personnages coïncide avec leur façon d’habiter l’espace, mais aussi leur monde de cinéma.
Le penchant pour le fantastique se matérialise par un travail plastique, et c’est comme si l’image cinématographique elle-même détenait le pouvoir de vie ou de mort sur les personnages qui périssent ou renaissent à la faveur de leur apparition à l’écran, de la netteté retrouvée de leur figure, du passage de surimpression à leur réintégration dans le corps de l’image. Cette revendication d’une ambition esthétique inversement proportionnelle au budget du film peut évoquer la démarche de Jean Cocteau et sa volonté de faire naître le fantastique des trucages de l’image.

La foi en l’image

Le goût du fantastique trouve ici son expression dans une esthétique où rien ne va de soi. Loin de la croyance dans la vérité de la prise, le cinéma de Yann Gonzalez s’attache à mettre en question un par un les paramètres de l’élaboration de l’image. Le montage (By the Kiss, 2006 ne contient qu’un plan et travaille sur les motifs de continuité et discontinuité) Le défilement de l’image, sa netteté révisée par les très beaux flous qui ouvrent et ferment Les Astres noirs, l’unité du plan remise en question par l’utilisation du split-screen passent au crible de l’expérimentation. Le choix de tourner en pellicule et de s’en tenir autant que possible à des effets réalisés au tournage, et évitant autant que possible les effets de postproduction renforcent cette démarche de recherche par l’image qui crée une profonde filiation entre les différents films du DVD. Gonzalez explique que ce choix d’effets obtenus non numériquement représente pour lui « pour moi, c’est une façon de ne pas tricher, d’être dans la sincérité du trucage cinématographique. » Précepte de l’oxymore que ne renieraient pas ses personnages, dont Bianca (Land of My Dreams) qui avoue vouloir être « la plus douce des salopes ».
L’édition de Potemkine crée, par la présence de courts-métrages choisis, mais également par les entretiens du réalisateur et de ses comédiens qui reviennent sur le tournage de certaines séquences, une grande cohérence dans le parcours de Yann Gonzalez pour qui le long-métrage ne fait pas figure d’aboutissement. « Je ne pensais pas encore au long, que j’ai écrit plus tard, après mon quatrième film, Les Astres noirs (2009). Mais c’est certain que tous mes films forment une sorte de communauté. Et c’est précisément ce dont parlent Les Rencontres d’après minuit : d’une communauté sentimentale, d’une utopie de communauté ».

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