© Jeonwonsa Film Co. / Arizona Distribution
Ce que cette nature te dit

Ce que cette nature te dit

de Hong Sang-soo

  • Ce que cette nature te dit
  • (Geu jayeoni nege mworago hani)

  • Corée du Sud2025
  • Réalisation : Hong Sang-soo
  • Scénario : Hong Sang-soo
  • Image : Hong Sang-soo
  • Son : Seo Ji-hoon
  • Montage : Hong Sang-soo
  • Musique : Hong Sang-soo
  • Producteur(s) : Hong Sang-soo
  • Production : Jeonwonsa Film Co.
  • Interprétation : Ha Seong-guk (Ha Dong-hwa), Kwon Hae-hyo (Kim Or-yeong), Cho Yun-hee (Choi Sun-hee), Kang So-yi (Kim Jun-hee), Park Mi-so (Kim Neung-hee)
  • Distributeur : Arizona Distribution
  • Date de sortie : 29 octobre 2025
  • Durée : 1h48

Ce que cette nature te dit

de Hong Sang-soo

Un jeune poète


Un jeune poète

Pour la première fois, un long-métrage de Hong Sang-soo ne sortira pas en France. By the Stream, montré en 2024 à Locarno, n’a pas trouvé de distributeur, victime du rythme effréné de tournage du cinéaste et des modestes entrées que font ses films au box-office hexagonal (bien qu’elles soient constantes, ce qui montre qu’il existe un petit public dévoué). Il s’agit pourtant d’un beau film, assez acerbe et malaisant, dans lequel brille une fois de plus Kim Min-hee en professeure rêveuse n’exprimant jamais ce qu’elle pense réellement. Ce que cette nature te dit, présenté cette année à Berlin, s’inscrit dans la lignée de cette dernière période hongienne : il s’agit d’un récit en apparence très simple et linéaire, où une incommunicabilité finit par pointer sous l’excès de parole des personnages. L’intrigue se déroule à la campagne, dans la maison à flanc de montagne où habite la famille de Jun-hee (Kang So-yi), la compagne de Dong-wha (Ha Seong-guk), lequel vient rencontrer pour la première fois sa belle-famille.

Pour qui suit Hong assidûment, la découverte d’un nouveau film consiste en partie à analyser les variations à l’œuvre. Dong-wha n’est pas metteur en scène, mais poète (du moins a‑t-il publié une fois dans un petit magazine) comme l’ermite de De nos jours…, et, fait plutôt rare dans cette filmographie d’âmes solitaires, il est en couple. Dès la première scène, les rapports des deux amoureux se teintent cependant d’une certaine étrangeté. Alors qu’il l’a accompagné en voiture depuis Séoul, Dong-wha n’ose pas demander à rencontrer les parents de Jun-hee, ni elle de le lui proposer. Les choses arriveront une par une, sans vraiment de préparation : venir saluer le père (Kwon Hae-hyo, fidèle au poste) devant la maison, entrer quelques minutes, aller fumer une cigarette dans le jardin, accepter de rester dîner… Le mécanisme est rouillé à l’image des rapports entre les personnages, et la situation ouvrira, comme souvent chez Hong Sang-soo, sur un énième plan-séquence à table où l’ivresse mène à une explosion soudaine, laissant apparaître une rancœur immense cachée derrière la timidité polie. Ce jeune homme, forcément minable (et perçu comme tel par les parents de sa copine), s’avère pourtant un héros hongien assez touchant par l’autoportrait détourné qu’il propose.

Avec sa voiture de 1996 (année de sortie du Jour où le cochon est tombé dans le puits, premier long de Hong), son désir d’indépendance et de recherche de simplicité, Dong-wha constitue un avatar particulièrement net du cinéaste. Comment ne pas entendre le réalisateur lorsque le jeune homme, lunettes sur le nez, confesse ne pas beaucoup les porter, préférant continuer à regarder la vie avec un peu de flou (rappelons l’existence d’in water, film de Hong entièrement tourné « out of focus ») ? Plus loin, un zoom sur son visage ne s’accompagnera d’aucune mise au point. Les épiphanies qui peuplent depuis dix ans presque chaque nouveau film de Hong, moments de contemplation où la musique lo-fi fait son apparition, sont toujours vécus ici par le personnage lui-même. C’est un benêt, certes, mais il cherche avant tout à accueillir le monde, à écouter ce que la nature lui dit, notamment par le truchement de la poésie. Le caractère dépouillé du texte qu’il déclame au dîner, ainsi que sa naïveté, laisse son auditoire bouche bée, mais Hong ne tranche pas. S’agit-il réellement d’un mauvais poète ? On ne le saura pas vraiment, ou plutôt, on a la place pour le décider nous-mêmes, et c’est sans doute dans cette ambiguïté que se niche la singularité de ce curieux nouveau chapitre.

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