Dernière séance

Dernière séance

de Laurent Achard

  • Dernière séance

  • France2011
  • Réalisation : Laurent Achard
  • Scénario : Laurent Achard, Frédérique Moreau
  • Image : Sabine Lancelin
  • Montage : Jean-Christophe Hym
  • Producteur(s) : Sylvie Pialat
  • Production : Les Films du Worso, Dragon 8
  • Interprétation : Pascal Cervo (Sylvain), Charlotte Van Kemmel (Manon), Karole Rocher (la mère), Austin Morel (Sylvain enfant), Brigitte Sy (la chauffeuse de taxi)...
  • Distributeur : Épicentre Films
  • Date de sortie : 7 décembre 2011
  • Durée : 1h21

Dernière séance

de Laurent Achard

Final Cut


Final Cut

L’affaire est entendue : le cinéma français n’est pas à l’aise avec l’horreur, l’épouvante et le fantastique. Comme si notre culture cinématographique ne s’accordait que difficilement avec un genre que l’on ne sait pas trop comment aborder, entre déférence vis-à-vis des maîtres (Hitchcock, Lynch, Cronenberg, Argento, pour ne citer qu’eux) et mépris à l’égard d’une cinéphilie à la marge, officieuse et souvent jugée vulgaire, voire carrément indigne. C’est un peu comme si l’admiration de Truffaut pour Hitchcock avait nourri, pour les générations de cinéastes qui ont suivi, un complexe d’infériorité doublé d’un sentiment de frustration. À la manière de beaucoup de musiciens avec le rock, les rares qui s’en sont sortis la tête haute l’ont fait dans la langue de Shakespeare, comme récemment Alexandre Aja et ses jouissifs (et ultra-violents) La colline a des yeux et Piranha 3D ou Quentin Dupieux avec Rubber.

Le pitch proposé par Laurent Achard et sa co-scénariste Frédérique Moreau pour l’inattendu Dernière séance (au départ, un film de commande de Canal Plus pour le programme French Frayeur) joue astucieusement avec le décalage entre la caricature du cinéphile poussiéreux et un peu vieux garçon qui anime un cinéma de quartier promis à la revente et le slasher des origines qui, de Psychose à la série des Scream, adore mettre en scène des tueurs psychopathes qui ont quelques problèmes avec maman. Soit, de façon quasi-littérale, le jeune Truffaut avalé tout cru par Hitchcock : avec ses chandails informes et sa raie de côté, Pascal Cervo incarne une masculinité désuète qui séduit une spectatrice par sa passion pour le cinéma et trucide à coups de canifs les pom-pom girls, prostituées, vendeuses ambulantes et conductrices de taxi en gardant en souvenir une partie de leur anatomie pour entretenir une collection… très personnelle. Antoine Doinel et Anthony Perkins dans un seul et même corps, réunis pour l’éternité dans une vieille salle de cinéma : l’idée est, avouons-le, assez géniale, du moins sur le papier.

Petite psychose

À l’écran, en revanche, c’est une autre paire de manches, et Laurent Achard ne parvient que trop rarement à tenir les promesses de cet amusant postulat. C’est que chez Achard, tout est à prendre très au sérieux, au premier degré, avec une gravité solennelle qui asphyxie tout – à commencer par le spectateur, qui se voit refuser la possibilité même d’une issue de secours. La mise en scène, toute en plans grisâtres à la morbide froideur, suit avec fascination les pulsions criminelles de son héros poli comme un curé de campagne et raide comme la mort : interdit donc de rigoler, sauf (involontairement) lors de ridicules scènes en flash-back censées nous expliquer le pourquoi du comment de la ciné-folie du machiavélique projectionniste. Pourtant, ce qui dérange ici, ce n’est évidemment pas tant la noirceur du propos que la maladresse avec laquelle le réalisateur s’escrime à légitimer sa série B, tant sur le fond que sur la forme, comme si l’estampille bis était trop infamante pour se suffire à elle-même. La vieille opposition entre cinéma d’auteur et cinéma bis atteint ici un drôle de paroxysme : rempli de longs plans silencieux et austères montrant avec une complaisance malsaine l’éprouvant massacre des victimes du tueur, le film de Laurent Achard est-il moins vulgaire que le grand bain sanglant offert aux poupées siliconées et irréelles d’Alexandre Aja dans le joyeux Piranha 3D ? Pas sûr.

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