Plus encore que dans les deux volets précédents, les dragons se livrent à un véritable jeu de cache-cache qui constitue le principal enjeu de la mise en scène, explorant une veine spectaculaire nourrie ici par l’apparition de Furie éclair, une femelle d’une nouvelle espèce. Ce spécimen capable de camouflage peut ainsi disparaître à volonté quand elle se sent menacée. Lors de sa première rencontre avec Krokmou, le Furie nocturne d’Harold, elle est d’abord auréolée d’un léger brouillard, avant d’apparaître, dissimulée derrière ses ailes. C’est donc un animal qui met en scène ses propres apparitions, à l’aide d’écrans naturels (brouillard, nuages, entre autres subterfuges). Leur relation amoureuse obéit également à cette logique : pour la séduire, Krokmou se lance dans une parade nuptiale burlesque, à laquelle la femelle répond par une danse élégante qui les mène jusqu’au « monde caché » : une faille dissimulée par un épais brouillard au cœur même de l’océan, qui prend la forme d’une cascade débouchant sur un monde souterrain où la cuirasse des dragons se couvre de formes luminescentes, invisibles à l’extérieur. Cette dialectique entre visible et invisible annonce la disparition programmée des dragons de la surface du monde.
L’avenir se profile
Lors d’un flashback, le défunt père d’Harold Stoick présente à son fils la terre de ses ancêtres sur laquelle il règnera un jour. La séquence se conclut alors sur un fondu enchaîné qui superpose à l’ancienne architecture horizontale de Beurk l’actuelle, que Harold a fondée sur un modèle vertical (avec des tours permettant d’accueillir les dragons). La croyance en ce modèle de société est toutefois ébranlée par un second flashback, dans lequel Harold prend rétrospectivement conscience de l’amour inconditionnel que son père vouait à sa mère en même temps que cet amour, qui lie présentement Krokmou et Furie éclair, entre en conflit avec le principe d’une cohabitation entre hommes et dragons. C’est à la faveur de ce constat que le film s’achemine vers une conclusion émouvante, qui voit le peuple de l’île contraint de se séparer de ses compagnons ailés. Les personnages principaux, jusqu’alors revêtus d’une armure – puisque vivre avec les dragons impliquait nécessairement un état de belligérance – la retirent pour la toute première fois. Les monstres fabuleux peuvent alors sereinement retourner au monde caché pour accéder au rang de mythe, loin du monde des hommes.