© Carlotta Films
Le Jour de son retour

Le Jour de son retour

de Hong Sang-soo

  • Le Jour de son retour
  • (Geunyeoga doraon nal)

  • Corée du Sud2026
  • Réalisation : Hong Sang-soo
  • Scénario : Hong Sang-Soo
  • Image : Hong Sang-Soo
  • Son : Hong Sang-Soo
  • Montage : Hong Sang-Soo
  • Musique : Hong Sang-Soo
  • Producteur(s) : Hong Sang-Soo
  • Production : Jeonwonsa Film Company
  • Interprétation : Park Mi-so (Park Junhee), Song Seon-mi (Bae Jeongsu), Cho Yun-hee (Kim Young )...
  • Distributeur : Carlotta Films
  • Date de sortie : 14 octobre 2026
  • Durée : 1h24

Le Jour de son retour

de Hong Sang-soo

Vie hors champ


Vie hors champ

Le cinéma de Hong Sang-soo a souvent été rapproché de celui de Rohmer, même si ses films relèvent rarement, à proprement parler, du conte moral. Du moins jusqu’à sa période récente, où l’attention portée à la conduite des personnages accouche de considérations ouvertement éthiques. L’une d’elles revient de manière récurrente dans ses derniers films : il faudrait apprendre à « voir les choses telles qu’elles sont ». Le Jour de son retour en fait l’un de ses enjeux centraux : il s’agit de regarder le monde sans chercher immédiatement à l’interpréter. Ce refus herméneutique prend chez Hong une dimension directement spirituelle, quelque part entre le taoïsme et le bouddhisme, comme le suggère d’ailleurs l’une des journalistes interviewant le personnage principal. De Juste sous vos yeux à Walk Up, cette recherche de la clarté immanente accompagne un déplacement plus général : à la névrose masculine, au désir et à l’alcoolisme caractéristiques des figures hongiennes se substitue une expérience plus contemplative, voire un horizon de sérénité.

Le Jour de son retour présente une structure volontairement rigide : une actrice, de retour au travail après plusieurs années d’absence, donne trois interviews à la même table d’un restaurant. Chaque discussion est filmée depuis un point de vue unique ; seuls quelques zooms et panoramiques viennent modifier le cadre. La sobriété croissante du cinéma de Hong n’efface pas pour autant les traits caractéristiques de son esthétique, mais les agence autrement : il y a certes moins d’alcool, les hommes ridicules et coureurs de jupons passent davantage au second plan au profit de personnages féminins centraux, et les grands jeux de bifurcation narrative laissent place à des variations plus discrètes à l’intérieur d’un même dispositif. Mais son sens de l’humour demeure, et l’alcool, bien qu’en quantité plus mesurée, reste un catalyseur d’honnêteté et d’embarras. C’est précisément ce qui se joue dans les entretiens : dès que l’actrice commence à boire, sa parole se libère, jusqu’à laisser affleurer une forme de repentir.

Réintroduction

La répétition, moteur central du cinéma de Hong, organise ici aussi bien la logique du film que ses détails. Les interviews se succèdent selon un dispositif presque identique, tandis que des éléments reviennent d’une scène à l’autre : certains sujets énoncés, la bière, le bruit de la cuisine qui interrompt les échanges aux mêmes moments, les rideaux que l’on ferme sur un extérieur surexposé parce que la protagoniste perd progressivement la vue (écho au flou de in water ou aux yeux ensanglantés d’Au fil de l’eau, film inédit de 2024 qui sortira bientôt en salle), ou encore la voix du réalisateur du film dans lequel joue l’actrice, présent lors des entretiens (mais maintenu hors du cadre), qui intervient à la fin de chacun d’eux. Ce dernier motif est aussi l’un des plus drôles : le cinéaste finit invariablement par flirter avec les journalistes (toutes des femmes), et va jusqu’à inviter la dernière à dîner. La figure de l’homme faillible qui occupait autrefois le centre du cinéma de Hong n’a donc pas disparu : il a juste été déplacé hors champ.

Mais plus encore que la répétition des entretiens, ce sont les intervalles les séparant qui donnent au film sa respiration. Après chaque rencontre, l’actrice sort fumer dans le jardin, comme si elle se libérait momentanément du poids de la parole. D’une séquence à l’autre, Hong la filme plus frontalement (d’abord de dos, puis de profil, et finalement de face), tandis qu’elle devient elle-même plus active, jusqu’à décider d’appeler l’une des journalistes pour lui demander de supprimer les passages les plus amers de son entretien, formulés sous l’influence de l’alcool. Cette dynamique se prolonge dans l’épilogue, lorsque l’actrice rejoue les interviews dans le cadre d’un cours de théâtre et modifie les réponses qu’elle aurait voulu formuler autrement. Le film retrouve ainsi, à une échelle réduite, le principe d’Un jour avec, un jour sans, en rejouant une situation pour tenter de trouver une issue plus juste. Si dans un film comme Introduction Hong semblait chercher le réel au sein de la représentation, il explore ici la possibilité de la mimèsis de réparer, au moins symboliquement, les fautes des personnages. Dans la dernière séquence, une amie propose à l’actrice d’aller boire une bière. Tout dans le visage de cette dernière indique qu’elle voudrait accepter, mais elle refuse finalement pour rentrer auprès de sa fille, qui constitue d’une certaine manière le cœur secret du film – la petite reste hors champ, mais c’est précisément vers elle que tout le film semble conduire. Telle est la morale du Jour de son retour : la vie excède toujours ce que l’image peut en saisir, même si c’est le cinéma qui nous permet, à chaque nouvelle itération, de mieux discerner ce qui compte réellement.

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