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Le Temps qui reste

Le Temps qui reste

de François Ozon

  • Le Temps qui reste

  • France2004
  • Réalisation : François Ozon
  • Scénario : François Ozon
  • Image : Jeanne Lapoirie
  • Décors : Katia Wyszkop
  • Costumes : Pascaline Chavanne
  • Montage : Monica Coleman
  • Musique : « Postludium » de Valentin Silvestrov, « Tenebrae Factae Sunt » de Marc-Antoine Charpentier, Symphonie n°3 et « Für Alina » d'Arvo Pärt
  • Producteur(s) : Olivier Delbosc, Marc Missonnier
  • Production : Fidélité, StudioCanal
  • Interprétation : Melvil Poupaud (Romain), Valeria Bruni-Tedeschi (Jany), Jeanne Moreau (Laura), Daniel Duval (le père), Marie Rivière (la mère)
  • Date de sortie : 30 novembre 2005
  • Durée : 1h25

Le Temps qui reste

de François Ozon

Les jours comptés d'un cinéaste


Les jours comptés d'un cinéaste

Lorsque Romain apprend qu’il ne lui reste plus que quelques mois à vivre, sa vie bascule, forcément. De là, il va profiter de chaque minute qui lui reste pour faire oublier la personne égoïste qu’il était. Sans aucune ambition cinématographique, le réalisateur jadis acclamé sombre dans la facilité et prouve que son inspiration lui fait désormais défaut.

Après avoir vu Le Temps qui reste, il est difficile de croire qu’un jeune cinéaste comme François Ozon a pu, jadis, susciter un engouement tel qu’on voyait déjà en lui la relève assurée d’un cinéma français en déperdition. Il est vrai qu’en 2001, lorsque Sous le sable sort sur les écrans, la surprise est grande, et l’espoir tout autant. Celui que l’on peinait encore à prendre au sérieux malgré l’ambition de son précédent film, Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, fait soudainement preuve d’une maturité inattendue, bien loin du kitsch parfois grandiloquent de ses deux premiers long-métrages, Sitcom et Les Amants criminels. Le succès considérable de 8 femmes n’aura pour effet que de prouver au jeune cinéaste qu’il bénéficie désormais d’une assise et que ses choix scénaristiques auront désormais tout intérêt à se tourner vers davantage de conformisme pour ne pas déstabiliser le grand public conquis.

La trame principale et désespérément banale du Temps qui reste – un jeune photographe, Romain (Melvil Poupaud), apprend soudainement qu’il ne lui reste plus que quelques mois à vivre – l’atteste justement et démontre à qui refuserait de le croire que François Ozon se préoccupe désormais davantage du succès potentiel de ses nouvelles productions que de la dimension cinématographique de son projet. Si la toute dernière scène du film, probablement la plus réussie, semble avoir initié ce projet bancal, cela ne justifie pas pour autant que le réalisateur se complaise dans autant de clichés sur la mort, les souvenirs qui nous échappent ou encore les relations familiales et la communauté gay. En quelques flash-backs profondément ridicules (Romain enfant jouant avec sa sœur dans une cabane en bois, Romain et son ami riant aux éclats les cheveux au vent), François Ozon espère certainement opposer la cruauté et la brutalité du présent à la douceur des instants passés où la mort n’était pas encore une préoccupation journalière. Si l’intention peut sembler louable – quoique dépourvue d’originalité –, elle démontre néanmoins le refus explicite du film et du personnage de s’ouvrir à l’autre (la sœur, le petit copain). Le Temps qui reste ne se met au service que d’une seule cause, celle de Romain-le-condamné qui entend sauvegarder les derniers instants de son existence en prenant quelques photos à la dérobée des êtres qui lui sont chers. Tout autre personnage n’existe donc que pour justifier la démarche du jeune photographe que la mort rattrape à grand pas. Preuve en est la scène – inqualifiable de ridicule – où une inconnue (Valeria Bruni-Tedeschi) vient demander au jeune homme de faire l’amour avec elle et de la mettre enceinte d’un commun accord avec son mari stérile. Quoi de mieux pour un mourant – qui plus est homosexuel – que de pouvoir transmettre la vie dans un dernier répit pour satisfaire son narcissisme ?

Là où le très beau film de Christine Pascal, Le Petit Prince a dit, débordait de générosité, refusant à chaque instant de verser dans le pathos, le dernier long métrage de François Ozon sombre dans la complaisance et le cynisme les plus inacceptables. À l’image de son titre, trop explicite et faussement poétique, Le Temps qui reste est certainement le film le plus détestable de son auteur.

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