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L’Enlèvement

L’Enlèvement

de Marco Bellocchio

  • L’Enlèvement
  • (Rapito)

  • Italie, France, Allemagne 2022
  • Réalisation : Marco Bellocchio
  • Scénario : Marco Bellocchio, Susanna Nicchiarelli
  • Image : Francesco Di Giacomo
  • Montage : Francesca Calvelli, Stefano Mariotti
  • Musique : Fabio Massimo Capogrosso
  • Producteur(s) : Beppe Caschetto, Paolo Del Brocco, Simone Gattoni
  • Production : IBC Movie, Kavac Film, Rai Cinema, Ad Vitam Production, The Match Factory
  • Interprétation : Paolo Pierobon (Pie IX), Fausto Russo Alesi (Momolo Mortara), Barbara Ronchi (Marianna Padovani), Enea Sala (Edgardo Mortara enfant), Leonardo Maltese (Edgardo Mortara adulte)...
  • Distributeur : Ad Vitam
  • Date de sortie : 1 novembre 2023
  • Durée : 2h14

L’Enlèvement

de Marco Bellocchio

La déchirure


La déchirure

L’Enlèvement retrace l’affaire Edgardo Mortara, qui fit grand bruit en 1858 : un jeune enfant juif de six ans, que sa nourrice aurait baptisé alors qu’il était encore un poupin, est arraché à sa famille par l’Église catholique italienne lorsque cette dernière prend connaissance du sacrement clandestin. Par ce fait divers que Spielberg voulut un temps adapter, Marco Bellocchio remet sur le métier sa grande affaire : l’entrelacement de l’intime et de la grande Histoire, qui s’interpénètrent pour dresser un tableau fragmenté de l’Italie. Comme dans Esterno Notte, dont on retrouve d’ailleurs ici quelques acteurs, le kidnapping s’apparente à une déchirure dans la chair même d’un pays, dont les tumultes politiques se mêlent à ce cas de conversion forcée. Bref, c’est du pur Bellocchio, pour le meilleur et pour le pire : même si chacune de ses dernières œuvres (Le Traître et Vincere compris, pour citer les plus remarquées) comportent leur lot de scènes réussies, on a du mal à s’enthousiasmer pour la forme aussi opératique que par endroits compassée du vieux maître italien.

Il n’empêche, L’Enlèvement n’est pas sans idées. La mise en place du récit procède par exemple d’une étrange inversion des pôles : tandis que la demeure de la famille Mortara est plongée dans une semi-pénombre, le voyage qui mène l’enfant à Rome est au contraire assimilé au surgissement de la lumière et d’une ouverture à l’extérieur. C’est toutefois à un autre niveau que s’organise véritablement le film : celui de la rime et du montage alterné. La figuration du syndrome de Stockholm passe ainsi par un jeu d’échos entre des scènes parfois lointainement éloignées (Edgardo qui se réfugie sous la soutane du Pape comme sous les jupons de sa mère), ou juxtaposées (une double mort à l’issue du film), tandis que Bellocchio entrelace une scène de procès avec la confirmation du garçonnet. De ce principe, le film tire de belles scènes de mélodrame, mais aussi quelques morceaux autrement plus empruntés (exemplairement, les scènes animées avec le Pape), qui l’empêchent d’assouvir ses ambitions de grande fresque, dont les coutures restent trop apparentes.

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