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Un prince

Un prince

de Pierre Creton

  • Un prince

  • France2023
  • Réalisation : Pierre Creton
  • Scénario : Pierre Creton, Mathilde Girard, Cyril Neyrat, Vincent Barré
  • Image : Antoine Pirotte, Léo Gil-Mena, Pierre Sudre
  • Son : Joseph Squire, Jules Jasko, Matthieu Deniau
  • Production : Andolfi
  • Interprétation : Antoine Pirotte (Pierre-Joseph jeune), Pierre Creton (Pierre-Joseph âgé), Manon Schaap (Françoise Brown), Vincent Barré (Alberto), Pierre Barray (Adrien), Shiman Dangi (Kutta), et les voix de Mathieu Amalric, Grégory Gadebois, Françoise Lebrun...
  • Distributeur : JHR Films
  • Date de sortie : 18 octobre 2023
  • Durée : 1h22

Un prince

de Pierre Creton

Fleurs séchées


Fleurs séchées

Rappelant l’ambition de Skolimowski dans EO, Pierre Creton convie le spectateur d’Un prince à désanthropiser son regard, cette fois-ci dans le monde végétal, domaine dont Creton est familier pour être jardinier et ouvrier agricole en parallèle de son activité de cinéaste. Dans les deux films, l’expérience sensible passe par une rupture avec la parole, qui permet au corps de se révéler différemment : là où EO était quasiment mutique, Un Prince est quant à lui porté par trois voix-off identifiables (Françoise Lebrun, Mathieu Amalric, Grégory Gadebois) que Creton greffe à des personnages joués toutefois par d’autres acteurs[1]À l’exception de François Lebrun, qui figure dans une poignée de plans., de manière à dissocier l’enveloppe de l’esprit. Si ces voix prennent en charge la narration du film et donnent à sa forme fragmentaire les traits d’une fiction, elles le font de façon volontairement laconique, laissant le récit balancer entre Françoise (la directrice d’une école de botanique et mère adoptive de Kutta, un légendaire prince indien), Pierre-Joseph (un apprenti jardinier formé dans cette école) et Alberto, son professeur mentor et amant. Le film creuse un espace entre ce que l’on voit et ce que l’on entend, ce qui a trait à l’action étant le plus souvent narré, tandis que l’image est vouée à être contemplée, comme lorsque Pierre-Joseph décrit en off la violence de sa vie familiale alors même qu’on le voit partager silencieusement un repas avec ses parents.

Le choix d’enfermer ses personnages dans des plans longs et fixes, souvent focalisés sur des actions muettes, participe du regard de botaniste de Creton, observant le comportement humain comme il le ferait d’autres spécimens naturels. Or c’est précisément en voulant cerner de la sorte le vivant que le réalisateur finit par le rendre inerte. Le film semble procéder d’un geste d’aplanissement qui le fait ressembler à un herbier que l’on feuillette ; les plans pourraient passer pour des photographies que les voix légenderaient. Cette fixité est d’autant plus contradictoire que le film entend cultiver un royaume de fantasmes. Pierre-Joseph découvre les plantes en même temps qu’il s’éveille à la sexualité et évolue dans une réalité supposément saturée d’érotisme. Le personnage s’enivre de toute contemplation, du nom d’une plante à la vue d’un pot de miel qui déclenche une attirance immédiate pour l’apiculteur le produisant. Mais ce monde absolument désirable où communiquent jardinage et cinéma, humains et végétaux, ou encore amants jeunes et vieillissants, est moins montré que postulé par les voix des personnages qui, en confiant leurs émotions à l’oreille du spectateur, l’invite à investir sensoriellement les images. Même lorsque le film va soudainement sur le terrain de l’hallucination sexuelle, le temps d’une vision fantasmatique, il ne se départit pas de cette approche conceptuelle qui constitue sa limite.

Notes

Notes
1 À l’exception de François Lebrun, qui figure dans une poignée de plans.

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