Capharnaüm
Crédit : Farès Sokhon
  • Capharnaüm

  • Liban, France
  •  - 
  • 2017
  • Réalisation : Nadine Labaki
  • Scénario : Nadine Labaki, Jihad Hojeily, Michelle Kesrouani, Georges Khabbaz, Khaled Mouzanar
  • Image : Christopher Aoun
  • Décors : Hussein Baydoun
  • Costumes : Zeina Saab de Melero
  • Son : Chadi Roukoz, Emmanuel Croset, Matthieu Tertois
  • Montage : Konstantin Bock, Laure Gardette
  • Musique : Khaled Mouzanar
  • Producteur(s) : Khaled Mouzanar
  • Production : Mooz Films
  • Interprétation : Zaïn al-Rafeea (Zaïn), Yordanos Shiferaw (Rahil), Boluwatifé Treasure Bankolé (Yonas), Kawthar al-Haddad (Souad), Fadi Kamel Youssef (Selim), Cedra Izam (Sahar), Alaa Couchnieh (Aspro), Nadine Labaki (Nadine)
  • Distributeur : Gaumont Distribution
  • Date de sortie : 17 octobre 2018
  • Durée : 2h03
Sélection officielle – Compétition

Capharnaüm

réalisé par Nadine Labaki

Vers la fin du film, Zaïn (douze ans) demande au petit Yonas (un an) de rester à un endroit bien précis de la rue où se trouvent les deux bambins livrés à eux-mêmes. Rien à faire : dès que Zaïn s’éloigne, le garçonnet le suit. L’enfant réfléchit puis noue un bout de ficelle autour de la cheville de Yonas, mais à voir son frère de sang s’échiner à s’affranchir de son entrave, les yeux de l’enfant s’embuent : il sait (et la scène qui suit le confirme) que la situation ne peut plus durer, que ce corps est trop libre pour que l’on puisse le contrôler. C’est que Yonas est justement le seul personnage à incarner un désordre dans le soit-disant capharnaüm de Nadine Labaki. Quoi que l’on pense du film, quelque chose advient lorsque ce corps qui ne joue pas, mais suit simplement ses instincts d’enfant, se trouve au contact des participants d’une fiction. Un exemple : lors d’une scène, Zaïn garde Yonas alors que sa mère est partie au travail. Au moment de le nourrir, le plus petit a le réflexe de poser sa main sur la poitrine de son aîné, comme il le ferait pour signifier à sa mère qu’il est temps de lui donner le sein : ce n’est pas grand-chose, mais ce petit geste, à la dérobée, donne tout d’un coup un peu de chair au projet très balisé de Labaki, qui consiste à retracer la généalogie d’un crime (Zaïn poignarde un homme) et d’une décision étonnante (l’enfant attaque ses parents en justice pour l’avoir mis au monde).

Quelle est la finalité du processus judiciaire et de l’odyssée de l’enfant, entre scènes de débrouillardise filmées sur « le vif » et exploration de la misère ? « Je souhaite que mes parents n’aient plus d’enfants. » Dans la foulée, Zaïn serre la main de Labaki elle-même qui, le détail est lourd, incarne son avocate et se fait donc son porte-voix : on passe sur le relent bourgeois de cette morale (tout de même, les pauvres devraient y réfléchir à deux fois avant de faire des gosses), le problème est ailleurs. Non seulement le film procède d’un fantasme de la pauvreté où s’affirme, en dépit des circonstances, un élan positif (comme déjà Yomeddine, lui aussi en compétition), mais il révèle par ailleurs sa vraie visée au détour d’un lapsus dans le dénouement, lorsque Zaïn, en prison, appelle une chaîne de télévision diffusant un reportage sur les enfants maltraités : le « message » du film se confond avec celui du reportage consacré à un sujet de société. Ce qui pourrait faire la singularité du film (observer des enfants) reste dans les faits toujours soumis à un discours, sommaire et démagogue, plus qu’à un regard de cinéaste.

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