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La Fleur de Buriti

La Fleur de Buriti

de João Salaviza, Renée Nader Messora

La Fleur de Buriti

de João Salaviza, Renée Nader Messora

L'Orée de la forêt


L'Orée de la forêt

La Fleur de Buriti s’attelle à saisir le rapport ambivalent que le peuple Krahô, en symbiose avec la nature, entretient avec le contemporain, dont la présence ne transparaît que par bribes au cours du film (un téléphone portable, une voiture ou une moto, etc.). Cet entre-deux s’exprime par un procédé récurrent : la surimpression de deux plans d’un même personnage, dont l’un le montre immobile et l’autre en mouvement. Ce dédoublement des êtres passe aussi par la manière dont les mots de Patpro (le vieil indigène au centre de la narration), débités de manière hypnotique, traversent et relient les époques par l’évocation de plusieurs souvenirs. Interprétées en grande partie par les acteurs de la partie « au présent », ces analepses participent d’un brouillage de la temporalité du film, ballotée entre différentes époques. C’est qu’il s’agit moins pour João Salaviza et Renée Nader Messora de retracer fidèlement l’histoire des Krahô que de représenter la persistance de leur mode de vie singulier et de leurs coutumes ancestrales. Couvrant presque un siècle d’histoire, les récits de Patpro révèlent la ténacité persistante du peuple face à des menaces diverses (la conquête des terres, les vols d’animaux sauvages, etc.). L’enjeu reste toutefois le même : protéger leur relation intime avec leur environnement.

Au-delà de la question de la transmission d’un héritage (le film se clôt sur un accouchement), les récits de Patpro posent celle de la perception du monde par les autochtones. À l’exception de quelques échappées citadines (dont une manifestation pour la défense des droits des autochtones à Brasilia), où nombre des participants ne cessent d’ailleurs de regarder la caméra, certainement troublés d’être ainsi filmés, les cinéastes entretiennent une certaine distance fictionnelle lors des scènes en immersion auprès des Krahô une distance d’autant plus paradoxale que les indigènes interprètent leurs propres rôles. Cet enchevêtrement entre documentaire et fiction saisit une forme d’émerveillement continu à travers le regard des personnages/acteurs : ainsi des plans récurrents sur les braises d’un feu qui s’envolent avec les volutes de fumée, dont l’un finit, grâce à un panoramique vertical, par se confondre avec l’intensité des étoiles du ciel amazonien. Ce feu, sous lequel le film s’ouvre et se referme, c’est le foyer même des récits : La Fleur de Buriti enregistre ces instants fragiles où la parole traverse les âges.

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