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Apprendre

Apprendre

de Claire Simon

Apprendre

de Claire Simon

Extrait du chaos


Extrait du chaos

Le titre du nouveau film de Claire Simon retranscrit limpidement la démarche de la documentariste : Apprendre suit le quotidien de plusieurs classes d’une école primaire d’Ivry-sur-Seine pour se focaliser sur ce qui constitue à proprement parler l’expérience scolaire, laissant de côté les discours sociopolitiques sur l’institution qui accompagnent souvent ce genre de films. La découverte de l’univers chaotique des salles de classe et de la cour de récré, composé d’un ensemble d’actions indépendantes et imprévisibles, confronte le film à une difficulté, celle de s’ouvrir au désordre sans être dépassé par lui. La captation, souvent précise, vise ainsi à isoler et à mettre en relief quelques gestes en leur conférant une puissance expressive. En témoigne un plan de la première séquence, filmée aux portes de l’école le jour de la rentrée : la caméra suit d’abord de dos une famille se dirigeant vers l’entrée de l’établissement. Puis, lorsque l’enfant quitte ses parents, un mouvement circulaire vient se concentrer sur les mains qui se séparent, avant que la caméra ne s’éloigne des adultes par un mouvement arrière calé cette fois sur la trajectoire de l’écolière. Simon figure de la sorte, par ce double mouvement faussement anodin, le petit déchirement ressenti par l’enfant alors qu’il quitte ses parents devant les grilles de l’école.

Plus largement, le film répond à cet impératif de lisibilité en articulant les séquences autour des méthodes d’apprentissage spécifiques à chaque enseignement. Lors d’un cours de chant, le montage, les changements d’échelles du cadre et les oscillations de la focale viennent guider notre regard d’un enfant à l’autre. Le portrait de groupe proposé rend compte de la singularité des membres de ce chœur amateur : les uns connaissent les paroles par cœur, tandis que les autres s’en désintéressent complètement ou dansent frénétiquement au son de la musique, etc. À l’image de la plupart des séquences, la mise en scène s’adapte ici à une situation donnée pour en saisir la dynamique propre – en l’occurrence, la vitesse d’apprentissage qui varie en fonction de la sensibilité des élèves. Si dans la longueur les séquences se révèlent inégales et finissent par se répéter, cette logique permet tout de même de déplier la complexité de ce qui se joue au sein du milieu scolaire. L’une des bonnes idées du film consiste à se détourner de la pédagogie stricto sensu pour s’ouvrir à un autre type d’apprentissage : celui de la sociabilité et du contrôle des émotions. Une scène présente ainsi une classe en train d’apprendre à jouer aux dames. La documentariste s’intéresse en particulier à deux joueurs en désaccord sur les règles ; la tension monte progressivement avec quelques éclats de voix, accompagnés par de brusques mouvements de caméra et de pertes de netteté ponctuelles. La palpitation de l’image semble rendre tangible l’effort des deux joueurs de contenir leur colère (ils essaient de ne pas trop se faire remarquer par l’enseignante qui les surveille), jusqu’à ce que le dialogue devienne impossible et que l’un d’entre eux appelle l’institutrice pour régler le différend. C’est par sa manière très concrète de révéler les affects et les dynamiques qui innervent toute une collection d’actions vues de nombreuses fois au cinéma qu’Apprendre s’avère le plus convaincant.

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