© Condor Disitribution
Apprendre

Apprendre

de Claire Simon

  • Apprendre

  • France2024
  • Réalisation : Claire Simon
  • Image : Claire Simon
  • Son : Nathalie Vidal
  • Montage : Luc Forveille
  • Producteur(s) : Michel Klein
  • Production : Les Films Hatari
  • Distributeur : Condor Distribution
  • Date de sortie : 29 janvier 2025
  • Durée : 1h45min

Apprendre

de Claire Simon

Extrait du chaos


Extrait du chaos

Le titre du nouveau film de Claire Simon retranscrit limpidement la démarche de la documentariste : Apprendre suit le quotidien de plusieurs classes d’une école primaire d’Ivry-sur-Seine pour se focaliser sur ce qui constitue l’expérience scolaire à proprement parler, en laissant de côté les discours sociopolitiques sur l’institution. La découverte de l’univers chaotique des salles de classe et de la cour de récré, retranscrite par un ensemble d’actions indépendantes et imprévisibles, confronte toutefois le film à une difficulté, celle de s’ouvrir au désordre sans être dépassé par lui. Dans cette perspective, la mise en scène vise à circonscrire et à mettre en relief quelques gestes en leur conférant une puissance expressive. En témoigne un plan de la première séquence, filmée aux portes de l’école le jour de la rentrée. La caméra y suit d’abord de dos une famille se dirigeant vers l’entrée de l’établissement, puis, lorsque l’enfant quitte ses parents, un mouvement circulaire vient se concentrer sur les mains qui se séparent, avant que la caméra ne s’éloigne des adultes par un mouvement arrière calé cette fois sur la trajectoire de l’écolière. Simon figure de la sorte, par ce double mouvement faussement anodin, le petit déchirement ressenti par l’enfant alors qu’il quitte ses parents devant les grilles de l’école.

Plus largement, le film répond à cet impératif de lisibilité en articulant les séquences autour des méthodes d’apprentissage spécifiques à chaque enseignement. Lors d’un cours de chant, le montage, les changements d’échelles du cadre et les oscillations de la focale viennent guider notre regard d’un enfant à l’autre. Le portrait collectif qui en résulte rend compte par là de la singularité des membres du chœur : tandis que certains connaissent les paroles par cœur, d’autres s’en désintéressent complètement ou dansent frénétiquement au son de la musique, etc. En somme, la mise en scène s’adapte ici à une situation donnée pour en saisir la dynamique propre – en l’occurrence, la vitesse d’apprentissage qui varie en fonction de la sensibilité des élèves. Si à la longue les séquences se révèlent inégales et finissent par se répéter, cette logique permet tout de même de déplier la complexité de ce qui se joue au sein du milieu scolaire. L’une des bonnes idées du film consiste à se détourner de la pédagogie stricto sensu pour s’ouvrir à un autre type d’apprentissage : celui de la sociabilité et du contrôle des émotions. Ainsi d’une scène focalisée sur une classe en train d’apprendre à jouer aux dames. La documentariste s’intéresse en particulier à deux joueurs en désaccord sur les règles ; la tension monte progressivement avec quelques éclats de voix, accompagnés par de brusques mouvements de caméra et une netteté fluctuante de l’image. La palpitation du cadre matérialise alors l’effort des deux joueurs pour contenir leur colère (ils tentent de ne pas trop se faire remarquer par l’enseignante qui les surveille), jusqu’à ce que le dialogue devienne impossible et que l’un d’entre eux appelle l’institutrice pour régler le différend. C’est par sa manière très concrète de révéler les affects et les dynamiques qui innervent toute une collection d’actions vues de nombreuses fois au cinéma qu’Apprendre s’avère le plus convaincant.

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