© The Walt Disney Company France / Atsushi Nishijima
Kinds of Kindness

Kinds of Kindness

de Yórgos Lánthimos

Kinds of Kindness

de Yórgos Lánthimos

Retour en Grèce


Retour en Grèce

Contrairement à ce que l’on pouvait attendre, Kinds of Kindness ne surfe pas vraiment sur le succès de La Favorite et de Pauvres créatures. Après deux films plus calibrés, Lánthimos renoue plutôt avec la veine comico-radicale de Canine, Alps et The Lobster, pour dépeindre, le temps de trois courts-métrages, des mondes régis par des lois secrètes et arbitraires. La première partie propose comme une quintessence du principe narratif ici à l’œuvre : un personnage, obéissant à des directives dénuées de logique apparente, tente de tracer sa voie à l’intérieur d’un jeu auquel il est soumis, sans jamais pour autant remettre en cause les règles le structurant. On retrouve, de chapitre en chapitre, les mêmes acteurs (Plemons, Stone, Qualley) et motifs – sociétés secrètes, sectes, tyrans démiurges. En témoigne la place occupée par Willem Dafoe : après avoir campé un ersatz de Frankenstein baptisé God dans Pauvres créatures, il s’affirme définitivement ici comme un avatar possible de Lánthimos lui-même, à la fois chef d’entreprise et gourou d’une secte qui, d’un claquement de doigts, peut évincer les participants du jeu qu’il supervise.

Mais si le film renoue avec l’inventivité relative dont pouvait faire preuve, ici et là, Lánthimos à ses débuts, il retombe aussi dans ses travers : la dimension ludique de ses récits grinçants et loufoques s’accompagne d’une incapacité à envisager le scénario autrement que comme un labyrinthe où déambulent des souris. Les acteurs incarnent ainsi des personnages pris au piège d’une structure assez rigide (les incessants travellings avant et les notes de piano à la Eyes Wide Shut, qui matérialisent à l’écran un étau se resserrant) dont ils demeurent jusqu’au bout prisonniers. Lánthimos a beau viser une certaine liberté de jeu et de ton (avec quelques gags qui font réellement mouche), ses univers fantastiques et absurdes s’apparentent au mieux à des plateaux de jeux de l’oie (avec des décors récurrents en guise de cases, cf. le bar du premier court), au pire à des prisons à ciel ouvert dans lesquelles s’affairent des figures prêtes à tout pour maintenir leur état de soumission. Le problème tient moins à l’horizon misanthrope de la mise en scène – qui, on l’a déjà dit, n’est pas nécessairement une mauvaise inspiration en soi, ou un trait automatiquement disqualifiant –, qu’à un manque de souplesse : les sorties de routes et les pas de côté « nonsensiques » des films de Lánthimos masquent mal son penchant de control freak, par ailleurs plus ou moins assuré. Car le maître des horloges n’est pas toujours aussi minutieux qu’il le voudrait : si le premier récit, qui déplie pas à pas son décorum, s’avère de loin le plus convaincant, les autres imposent plus laborieusement leur petit univers dissonant et fantasmatique.

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