Dans son texte à propos de Pauvres Créatures, Josué Morel regrettait les promesses non tenues de la bande-annonce : la technicité affichée des comédiens convainquait davantage à l’échelle de ces courts extraits qu’à celle du film entier. Les choses se suivent et se ressemblent dans le cinéma de Yórgos Lánthimos : encore une fois, il n’y a guère que la bande-annonce à sauver de cette nouvelle cuvée. Le teaser dépeignait les prémices plutôt prometteuses du film – deux imbéciles conspirationnistes sortent de leur cave pour capturer une cheffe d’entreprise, qu’ils pensent être une alien – au rythme du tube irrésistible de Chappell Roan, « Good Luck, Babe ». Il y avait là de quoi rêver à une forme de Massacre à la tronçonneuse où la hippie blonde aurait été remplacée par une yuppie brune, et les monstres cannibales par des geeks de forums complotistes – la référence au film de Tobe Hooper semble d’ailleurs assumée au détour d’une scène de repas. Patatra : le film, combinant le pire des deux précédents Lánthimos, ne sera jamais à la hauteur de cette piste.
On retrouve donc le pire de Kinds of Kindness, d’abord, dont Bugonia pourrait être un quatrième sketch étiré sur une durée de long-métrage : la petite fable expérimentale accumule les aberrations narratives – Emma Stone parvient à convaincre ses ravisseurs de tout et son contraire, sans autre justification que le besoin du scénario de relancer l’intrigue ou de changer de décors – et ces rebondissements artificiels, au lieu de surprendre, finissent par tourner à la mécanique. La mise en scène, très atone et répétitive, ne fait alors qu’entériner ce systématisme narratif. Le pire de Pauvres Créatures, ensuite, avec ses visions en noir et blanc, d’un onirisme hideux (on dirait des variations rabougries des expérimentations de Lars von Trier) et l’imaginaire alien – spoiler alert – en carton-pâte dévoilé dans le dernier quart d’heure du film, d’une laideur sûrement assumée, mais pas pour autant inspirée.
Les deux scènes qui se détachent font symptôme. La première est à la toute fin : Lánthimos retrouve un peu d’assurance dans une suite de plans très composés de cadavres, ce qui dit bien la dimension dévitalisée du film. La seconde est celle où Emma Stone fait du playback en voiture, sur la chanson de Chappell Roan : l’actrice s’y décrispe enfin dans une improvisation outrancière. Ailleurs, on s’étonne de la voir s’amuser si peu. Il serait temps qu’elle arrête de gaspiller son talent dans les films sinistres de Lánthimos.