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Simón de la montaña

Simón de la montaña

de Federico Luis

Simón de la montaña

de Federico Luis

Le monstre ?


Le monstre ?

Simón de la montaña commence sous des auspices peu enthousiasmants : entre la chronique vériste et le coming of age sensible, son portrait d’une bande de jeunes handicapés mentaux paraît entrelacer deux horizons parmi les plus académiques du cinéma d’auteur international. Sauf qu’il y a un petit twist, révélé au bout d’une poignée de scènes : le Simón du titre (Lorenzo Ferro) est en vérité un jeune homme de 21 ans tout à fait « normal », qui feint son handicap. À quelles fins ? Le film égraine les hypothèses : opportunisme (la promesse d’une allocation et de passe-droits dans une Argentine paupérisée), sentiment d’inadéquation, véritable vice du personnage… Sur le papier, le projet est passionnant dans sa manière de figurer une forme de monstruosité par les sautes soudaines du jeu de Ferro, qui a pour partenaires de réels handicapés : on peut lire, dans les rictus de son visage, le garçon en train de changer de registre selon l’interlocuteur qui se tient devant lui. Mais le film s’enferme rapidement dans une impasse. Le pseudo-réalisme de la mise en scène, entre caméra portée et bande sonore épousant la subjectivité de Simón (qui adopte comme accessoire un amplificateur auditif pour rendre sa prestation plus crédible), vaut comme moteur d’un contraste : l’ambivalence irréductible du personnage se veut d’autant plus frappante que la forme est dénuée de mystère. L’ambigüité ne constitue pas, comme par exemple chez Dumont (La Vie de Jésus), un catalyseur, mais une finalité.

Tel est le crédo du film : maintenir jusqu’au bout une indécidabilité assez factice, en cultivant un entre-deux permanent. D’un côté, Simón de la montaña flirte avec la ligne rouge de la perversion, mais de l’autre, il tient à préserver la possibilité d’une empathie envers cette figure aussi trouble que tristement humaine. En témoigne le fil narratif le plus abrasif du scénario, qui voit Simón entretenir un flirt avec une handicapée : au moment même où il paraît pour de bon basculer dans l’infamie, le film le repêche, en faisant de sa petite amoureuse une figure moins crédule que consciente de la supercherie (elle le soumet même à une sorte de chantage). C’était déjà au fond la limite d’un autre premier film remarqué l’année dernière à la Semaine de la Critique, Le Ravissement d’Iris Kaltenbäck, qui pliait sous l’impératif de concilier ces deux aspirations contradictoires, le portrait empathique et l’exploration d’une face sombre, pour toucher du doigt l’insondable. C’est oublier que le mystère, le vrai, ne résulte pas d’un tricotage scénaristique bien soigné.

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