Quinzaine des Réalisateurs 2008
Critiques > 20 mai 2008
Après le magnifique Bled Number One en 2006, Rabah Ameur Zaimeche présente à la Quinzaine Dernier Maquis, qui l’est tout autant. Le film se concentre dans un entrepôt de palettes rouges, également garage de poids lourds. Les ouvriers travaillent, le patron Mao, interprété par le cinéaste, semble davantage errer au milieu d’eux que les commander. Comme la caméra, il promène son regard parmi ses employés musulmans, qui travaillent assidûment et sans se plaindre. L’un d’eux se convertit à l’Islam et, sans réfléchir à l’inutilité de son acte, se circoncit lui-même douloureusement. Par une même foi sincère ou par tyrannie, Mao fait construire une mosquée dans le garage, ce qui provoque la désapprobation générale : on ne dépense pas ainsi l’argent de l’entreprise alors que les employés n’ont pas perçu l’intégralité de leur solde. Tout au long du film plane ainsi le doute quant au personnage de Mao : son visage doux le rend sympathique, et pourtant l’emprise qu’il exerce sur ses employés se fait sentir insidieusement, jusqu’à l’annonce de la prochaine fermeture de l’entreprise. Dans ce microcosme qu’est l’entrepôt se jouerait donc l’histoire des employés victimes et des patrons tyranniques, mais le flottement permanent, de la caméra, du jeu des acteurs, des dialogues, prive le film de tout message, ou plutôt le diffuse finement sous un tissu d’ambiguïtés, l’humour contrecarrant également la gravité de fond. Une œuvre très subtile, qui confirme Rabah Ameur Zaimeche comme l’un des cinéastes français les plus intéressants.
Marion Pasquier