• Police fédérale Los Angeles
  • (To Live and Die in L.A.)

  • États-Unis
  • -
  • 1985
  • Réalisation : William Friedkin
  • Scénario : William Friedkin, Gerald Petievich
  • d'après : le roman Voir Los Angeles et mourir
  • de : Gerald Petievich
  • Image : Robby Müller
  • Décors : Lily Kilvert
  • Costumes : Linda Bass
  • Montage : Bud Smith, Scott Smith
  • Musique : Wang Chung
  • Producteur(s) : Irving H. Levin, Bud Smith
  • Interprétation : William L. Petersen (Richard Chance), Willem Dafoe (Rick Masters), John Pankow (John Vukovich), Debra Feuer (Bianca Torres), John Turturro (Carl Cody), Darianne Fluegel (Ruth Lanier), Dean Stockwell (Bob Grimes)
  • Distributeur : Splendor Films
  • Date de sortie : 4 janvier 2017
  • Durée : 1h56
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Police fédérale Los Angeles

To Live and Die in L.A.

réalisé par William Friedkin

Saut à l’élastique, courses-poursuites, accélérations en quatrième vitesse – Police fédérale Los Angeles de Willliam Friedkin filme avant tout la prise de risque pleine d’adrénaline. Après l’échec public du Convoi de la peur et de Cruising, Friedkin cherche alors à faire « un film d’action populaire » [1] en adaptant le roman autobiographique de Gerry Petievich, agent du Secret Service expert dans la chasse aux faussaires. À la suite de French Connection, il revient donc à un cinéma de la « traque » ininterrompue, cette fois-ci entre le fabricant de faux billets Rick Masters (Willem Dafoe) et l’agent fédéral Richard Chance (Bill Petersen), assoiffé de vengeance suite à l’assassinat de son ancien coéquipier.

L.A. la venimeuse

Comme dans la plupart des films de Friedkin, cette chasse à l’homme est un voyage, une immersion dans un univers parallèle et underground contaminant à jamais ses personnages. Chance accompagné de son nouveau coéquipier John Vukovich (John Pankow) rôde dans les quartiers les plus pauvres de Los Angeles, ses bars à strip, ses no man’s lands pleins de poussières et de broussailles, et franchit peu à peu les limites de la légalité. Toujours dans le sillage de French Connection, Friedkin montre ainsi avec réalisme le paysage d’une autre Amérique rongée par le crime et la violence, auxquels les héros du film n’échapperont pas. Chance est au fond aussi dur et brutal que le criminel qu’il traque, n’hésitant pas, par exemple, à faire chanter froidement son indic féminine. Lui et Masters se rapprochent d’ailleurs par leur goût pour la transgression, symbolisé par le thème de la « brûlure » : Chance adepte du base-jump et de la prise de risques est surnommé « la tête brûlée », tandis que le génial Rick Masters ne manque pas d’enflammer au petit matin, avec émerveillement, les toiles qu’il a peintes durant la nuit – voire ses propres faux billets.

Courses-poursuites

À l’instar du faussaire contemplant la destruction de ses propres œuvres, le cinéaste filme avec plaisir ce déploiement de l’énergie folle et incontrôlable de l’agent Chance. L’objet central du film est bien là, dans l’envie de restituer cet élan destructeur et aveugle, cette course à tombeau ouvert du personnage à travers des séquences de courses-poursuites vertigineuses. Pour Friedkin, « la course-poursuite est la forme cinématographique la plus pure » [2]. La vérité du personnage s’exprimera donc par elles. Celles-ci s’enchaînent à toute vitesse, atteignant leur point d’orgue lors d’une séquence haletante de dix minutes sur l’autoroute de Los Angeles. Filmée en plus de six semaines, mobilisant soixante-quinze cascadeurs, trois caméras, un chef-opérateur spécifique (Bob Yeoman, simple cadreur pour le reste du film), la séquence embarque le spectateur comme une montagne russe à travers d’innombrables points de vue en mouvement, externes et subjectifs, balance les obstacles en plein champ à toute vitesse, accumule les twists, les temps morts et les sursauts. Ainsi Friedkin accomplit avec une virtuosité renversante son rêve à l’origine du film entier, celui de surpasser sa propre scène de course-poursuite dans French Connection.

Le « saut dans le vide » de William Friedkin

Si ce pari était pour le moins risqué, le tournage de Police fédérale Los Angeles se fit lui-même « sur le fil du rasoir », au point d’étrangement refléter le caractère kamikaze de son héros. En réalisant un film d’action « populaire » avec des acteurs alors très peu connus – William Petersen y tenait un premier rôle pour la première fois – Friedkin eut justement l’impression de « faire un saut dans le vide » [3]. Pour montrer l’activité du faussaire Masters, le cinéaste reprit si précisément la technique de fabrication de faux dollars que certains billets du tournage furent vraiment utilisés. Le FBI, alerté par l’incident, somma le cinéaste de tout arrêter, qui refusa catégoriquement, prétextant l’absence de mandat. La séquence de fabrication des faux billets a beau avoir mis en danger le film, elle est aussi l’une des plus belles : dans les lueurs rouges et vertes de son entrepôt infernal, Willem Dafoe, méticuleux, découpe des plaques de métal, les enduit délicatement d’épaisses couches de peintures (l’acteur aurait passé trois jours entiers à apprendre vraiment la technique des faussaires), transformant cette scène à la fidélité presque documentaire en fantaisie sensuelle et vive. Le générique du film est à lui seul un autre monument de fantasmagorie survoltée, aussi bigarrée qu’un clip de MC Hammer, mêlant l’image rougeoyante de l’aube sur les palmiers de LA à des intertitres vert fluo, le tout sur la musique pop-rock savoureuse et caricaturale du groupe Wang Chung. C’est aussi cela que l’on retient de Police fédérale Los Angeles – une incessante transfiguration du réel en fantasme très eighties ultra coloré et rythmé, à la fois daté et fascinant.

Notes

  1. [1] Cf. Friedkin Connection, Les Mémoires d’un cinéaste de légende, Éditions de la Martinière, 2014.
  2. [2] Ibid.
  3. [3] Ibid.