Rendez-vous Critikat #13: « Certaines femmes » de Kelly Reichardt

Le 6 février 2017 à 15:25

Le prochain Rendez-vous Critikat accueillera l’équipe du Festival International du Film de La Roche-sur-Yon au Reflet Médicis le 9 février 2017 à 20h30 pour une avant-première de Certaines femmes de Kelly Reichardt.

Point de communauté unie dans le Montana filmé par Kelly Reichardt dans un 16mm dont le grain donne à lui seul à ressentir la rigueur du climat. Mais des femmes seules, incomprises, subissant les frustrations, déception et résignation. À l’image du train qui parcourt en diagonale le premier plan, le film se contente de traverser ces quatre vies minuscules. Laura Dern est une avocate harcelée par un client qui ne se résout pas au caractère indéfendable de son cas ; le personnage de Kristen Stewart s’est hissé de sa classe moyenne pour devenir avocate, mais s’épuise dans un travail à des centaines de kilomètres de chez elle, tandis que la merveilleuse Lily Gladstone joue une cow-girl solitaire et que Michelle Williams, active woman stressée se révèle une mère et épouse irritable. Cette dernière rend visite à un voisin pour lui racheter ses pierres de taille avec lesquelles elle aimerait bâtir l’un des murs de sa future maison. Le tas épars de blocs de granit qu’elle contemple à la fin du film résume à lui seul l’échec à construire un foyer pour ces quatre femmes qu’on ne verra que dans des lieux de passage : au bureau, en voiture, dans un diner ou dans une tente. Mais ces pierres qui restent à l’état de monticule au lieu de constituer un mur pourraient aussi servir de métaphore à la structure du film. Par petits blocs qui ne se joignent jamais tout à fait, les scènes se suivent et se répondent sans que jamais ne naisse de ces esquisses un motif général. C’est là la force du film, en même temps que son caractère résolument déceptif : se construire avec une infinie délicatesse comme autant de vues Lumière qui prennent le temps de contempler les poils de chien brossés sur une jupe, un cheval qui trotte dans un champ enneigé. Car c’est bien cette allure que prend ce film, qui restant opiniâtre à ne construire aucune intrigue, choisit le plus beau des trajets : celui qui ne va nulle part.

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