© 20th Century Studios
The Creator

The Creator

de Gareth Edwards

  • The Creator

  • Etats-Unis2023
  • Réalisation : Gareth Edwards
  • Scénario : Gareth Edwards, Chris Weitz
  • Image : Greig Fraser, Oren Soffer
  • Musique : Hans Zimmer
  • Producteur(s) : Gareth Edwards, Nicholas Simon
  • Production : New Regency Pictures, 20th Century Studios, Entertainment One
  • Interprétation : John David Washington (Joshua), Gemma Chan (Maya), Ken Watanabe (Harun), Sturgill Stompson (Drew)...
  • Distributeur : New Regency Pictures, 20th Century Studios
  • Date de sortie : 27 septembre 2023
  • Durée : 2h13

The Creator

de Gareth Edwards

Résistance artificielle


Résistance artificielle

Dans The Creator, un groupe de résistants lutte contre une puissance impérialiste dotée d’un vaisseau capable de raser des villes entières depuis l’espace. L’Étoile Noire a beau être nommée ici « Nomad » et adopter une forme rectiligne, on retrouve le même postulat que celui de Rogue One, le précédent film de Gareth Edwards. Débarrassé de l’encombrante mythologie Star Wars, ce dernier en profite pour tourner son regard vers les populations civiles persécutées, en l’occurrence des intelligences artificielles réprimées pour avoir, dit-on, lancé une bombe atomique sur Los Angeles. Le doute quant à leur culpabilité est rapidement levé (le drame est en vérité causé par une erreur humaine), afin de présenter ces figures angéliques en exil comme supérieures en tous points à leurs modèles humains : au détour d’un montage alterné, Edwards associe distinctement leur vie agricole à une description du paradis. Cette foi totale en un transhumanisme heureux, toute naïve qu’elle soit, a toutefois pour mérite de trancher avec les représentations récentes de l’IA[1]Dernièrement, dans Mission Impossible : Dead Reckoning partie 1, l’IA n’était rien d’autre que la figure du mal absolue sur le point de provoquer la fin du monde., souvent envisagées sous le seul angle rebattu de la dystopie.

Le principal problème de The Creator tient à ce que les IA ne parviennent jamais à exister en tant que telles. À l’exception de leur bonté naturelle et de leur volonté de vivre en paix, rien ne les différencie fondamentalement des hommes qui les pourchassent. Edwards ne s’aventure malheureusement jamais sur le terrain de l’uncanny valley, se privant de la possibilité de représenter une véritable forme d’altérité : seule la partie arrière de leurs crânes, tronquée, distingue leurs visages de ceux des humains. Sans leurs masques, les IA présentent une morphologie insectoïde faciale plus étonnante (qui rappelle celle des extra-terrestres de District 9), ce qui tend à les inclure dans le règne animal. Alors que d’autres espèces se joignent à la lutte contre les oppresseurs, tel un singe, on comprend que la volonté d’Edwards consiste à les incorporer au sein d’une biodiversité menacée par l’hégémonie culturelle et technologique occidentale. Cette noble intention, qui reste cependant à peine esquissée, présente toutefois un angle mort : en les traitant comme une espèce parmi d’autres, Edwards fait l’impasse sur le trouble existentiel que pourraient ressentir des intelligences artificielles dotées de conscience.

Qu’ils sont loin les réplicants de Blade Runner, hantés par leurs origines et la question de leur mortalité. Alors que quarante ans plus tard l’accélération des IA pose des questions inédites à tous les niveaux (métaphysique, éthique, politique…), les machines pensantes de The Creator ne sont là que pour accompagner la quête de rédemption de Joshua (John David Washington), un soldat américain à la recherche de sa femme rebelle enceinte laissée pour morte en Asie. En protégeant la petite Alphie (une IA enfant dotée de pouvoirs susceptibles de mettre fin au conflit) pour en faire la fille qu’il n’a pas eue, autrement dit en se comportant exactement de la même manière que les protagonistes des Fils de l’Homme et The Last of Us, Joshua apprend (sans surprise) à regarder différemment les androïdes. Cette élévation morale (et littérale : elle s’achève dans l’espace) conduit Edwards à filmer cette guerre comme il réciterait une prière pour la paix dans le monde. Ce n’est d’ailleurs probablement pas pour rien que la scène finale se déroule à bord du Nomad, flottant haut dans le ciel. Seule compte alors la consécration du héros en martyr et sa récompense pour son dévouement salutaire. Cette envolée finale peu inspirée s’avère d’autant plus regrettable qu’elle éloigne le cinéma de Gareth Edwards de ce qui fait son intérêt. Comme dans ses précédents films, on retient en effet davantage les scènes filmées au sol, quand les personnages, impuissants, ne peuvent que contempler avec crainte les forces gigantesques s’avançant vers eux depuis l’horizon.

Notes

Notes
1 Dernièrement, dans Mission Impossible : Dead Reckoning partie 1, l’IA n’était rien d’autre que la figure du mal absolue sur le point de provoquer la fin du monde.

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