© Carlotta Films
Fedora

Fedora

de Billy Wilder

  • Fedora

  • France, Allemagne, États-Unis1978
  • Réalisation : Billy Wilder
  • Scénario : Billy Wilder, I.A.L. Diamond
  • d'après : une nouvelle du recueil Crowned Heads
  • de : Tom Tryon
  • Image : Gerry Fisher
  • Montage : Stefan Arnsten
  • Musique : Miklós Rózsa
  • Production : NF Geria Filmgesellshaft GmbH, Bavaria Atelier GmbH, Société Française de Production
  • Interprétation : William Holden (Barry «Dutch» Detweiler), Marthe Keller (Fedora/Antonia Sobryanski), Hildegard Knef (Comtesse Sobryanski), José Ferrer (Docteur Vando), Frances Stermhagen (Miss Balfour), Mario Adorf (le patron de l'hôtel), Henry Fonda (lui-même), Michael York (lui-même)...
  • Distributeur : Carlotta Films
  • Date de sortie : 21 août 2013
  • Durée : 1h56

Fedora

de Billy Wilder

Le retour de la momie


Le retour de la momie

Films profondément marqués du sceau de l’âge d’or hollywoodien que ces récits à enchâssements, naviguant d’un temps à l’autre au fil des raconteurs d’histoires, couverts de voix off. Fedora éveille à la lumière un genre quelque peu déchu, comme on tirerait brutalement les rideaux sur la chambre d’un aïeul alité dans la pénombre. William Holden, vieilli et déboussolé, prolonge le rôle d’outsider de l’industrie catapulté dans la citadelle d’une star déchue qu’il occupait près de trente ans plus tôt dans Boulevard du crépuscule. Pour autant, le crépuscule a laissé place à l’aube, puis au zénith, sous les rayons duquel la couleur criarde de la modernité accuse les traits de ce cinéma moribond qui évoque souvent Mankiewicz – particulièrement La Comtesse aux pieds nus. L’avant-dernier film de Billy Wilder – qui ne réalisera ensuite que Victor la gaffe avant de prendre sa retraite en 1981 – tire à la fois son charme, son sel et sa relative maladresse dans cette façon de n’appartenir à aucune époque.

Crépuscule du Boulevard

L’insistance avec laquelle Fedora parle du Hollywood pèse lourd sur ses frêles épaules. Quand le producteur Barry Detweiler part courir après une déesse du cinéma retirée en Grèce, c’est une idée disparue du septième art, un classicisme glamour qu’il poursuit. La figure est à ce point chargée de métaphore qu’elle s’humanise difficilement : Billy Wilder joue volontiers sur cette idée, fragmentant la divinité d’un corps à l’autre, camouflée sous des voiles, grimée, fissurée par le botox. D’une lisse incarnation de la beauté, Fedora fait un corps déchiré, qui n’existe qu’à travers son nom, mais n’est plus que débris. Les dieux d’antan se sont tapis dans leurs mausolées méditerranéens (le groom burlesque prétend avoir joué dans Zorba le Grec), dernière demeure d’un idéal en mille morceaux, qui accuse dans son hors-champ un Nouvel Hollywood – les « jeunes barbus » dans le texte, Billy Wilder n’ayant rien perdu de son goût pour la pique – avec lequel il semble parfois régler ses comptes.

La Norma Desmond – star déchue de Boulevard du Crépuscule – de Fedora, c’est peut-être Billy Wilder lui-même, qui qualifia la mise en marche du projet de « palpitant comeback » – illusoire déclaration puisqu’il fut à peine distribué. En résulte un film assez grimaçant, dont même la structure en récits encastrés les uns aux autres semble s’éclipser peu à peu, accouchant d’une deuxième partie quasi linéaire et très explicative. Cet avant-dernier film porte en lui une ténébreuse tristesse, qui le rend singulièrement beau, infusée sans doute un peu à l’insu du cinéaste. Tandis qu’il voudrait faire de son film un chant du cygne, Billy Wilder capte plutôt un authentique naufrage, et garde un délicieux mystère sur sa position – incorrigible amateur de doubles fonds.

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