On ne niera pas qu’on a failli lâcher une petite larme devant Le Roman de Jim, adapté d’un livre de Pierric Bailly publié en 2021, sans pour autant que les bouffées d’émotions suscitées par le film masquent ses faiblesses. Mélo en sourdine centré sur Aymeric (Karim Leklou), un père adoptif qui reste droit et doux face à la cruauté ordinaire de la vie, le film vaut surtout pour sa manière de cisailler l’avancée du récit de petites étrangetés dans le jeu des acteurs. Ainsi des apparitions de Bertrand Belin, dont la grande carcasse et le débit atypique rappellent, ce qu’on aurait tendance à parfois oublier, que l’on regarde bel et bien un film des frères Larrieu, dont la fantaisie est ici plus étouffée et le style anonymisé. Les cinéastes n’ont jamais paru à ce point s’effacer derrière l’un de leurs scénarios : si la dynamique mélodramatique est poignante, le film paraît souvent en deçà de son potentiel.
Un exemple : dans la dernière partie, Aymeric et Jim, désormais adulte, escaladent une montagne tout en revenant sur les blessures du passé. La métaphore est claire (il faudra cravacher pour triompher de cet Everest intime), mais la dimension comique de la scène (Aymeric gravit laborieusement l’obstacle) n’est pleinement exploitée que dans un raccord, assez drôle, sur un pont suspendu, qui accentue la gaucherie du grimpeur néophyte. Pour le reste, les possibilités du décor restent en friche, sans être investies par la mise en scène ; l’idée est simplement posée là. Si bien que l’émotion qui pointe parfois est toujours teintée du regret de voir les Larrieu adopter une forme d’épure pudique, pour s’en remettre essentiellement à la seule force tranquille de leur scénario. On pourrait toutefois, avec un peu de romantisme, être séduit par ce retranchement et ce refus des auteurs de vouloir trop mettre les doigts dans le récit qu’ils mettent en scène. Le film penche hélas plus vers une beauté en demi-teinte, flétrie également par les approximations de certaines séquences et acteurs (notamment Lætitia Dosch).