Simetierre est l’histoire d’un drame terrible, secrètement bouleversant, de deux parents coupables de ne pas avoir instruit à leurs enfants la réalité froide et implacable de la mort. Le récit s’articule ainsi autour d’un double refoulement, qui s’amorce avec l’impuissance des adultes à nommer cette mort, en prétendant qu’un chat écrasé s’est juste enfui. Le mensonge facilite le retour énigmatique du félin, enterré dans un ancien cimetière indien caché dans les profondeurs des bois où se trouve la maison familiale. Sauf que ce mensonge a un prix : l’animal, hirsute et agressif, ne semble plus tout à fait la même, et les modalités de son retour, figuré par de simples traces de pattes sur le sol, disent bien qu’autre chose vient désormais peupler la demeure, à savoir la personnification de cette peur de la mort et du mystère qu’elle recouvre. Vient ensuite un deuxième refoulement, né d’un autre mensonge, bien plus grave, d’un père qui nie la perte de sa fille. Étonnant que ce programme horrifique aussi noir que beau accouche d’une adaptation cinématographique si décevante, qui ne vient pas racheter l’échec, déjà, de la version réalisée par Mary Lambert en 1989. C’est que le film semble lui-même refouler la pesanteur de ce qui se joue au cœur du récit, en minimisant d’abord la violence de la mort de l’enfant (contrairement au livre de Stephen King et au film de Lambert, ce n’est plus ici le tout jeune Cage qui est renversé par un camion mais bien sa sœur aînée), puis en escamotant tout ce qui pourrait donner de la chair à une écriture appliquée à reproduire les poncifs les plus éculés du genre (brume qui tapisse le sol, scènes oniriques très stylisées, mort de l’enfant annoncé par le jump scare répétitif du surgissement d’un camion).
Calibrage
Il en va ainsi de ce plan, théoriquement terrifiant, où dans la chambre du petit Cage le chat maléfique, les yeux luisants, trône sur le ventre du bambin tel l’incube du Cauchemar de Johann Heinrich Füssli. La découpe adoucit toutefois la violence de cette image, d’une part en laissant hors-champ le visage de l’enfant terrifié, de l’autre en liquidant par un dialogue (le père informe son voisin dans la scène suivante que le chat a « agressé » son fils) ce que la caméra n’a pas osé filmer. Plus loin, le retour de la fille morte pourrait là encore être à l’origine d’un malaise latent, lorsque le père s’applique à rejouer, sans totalement y croire, les scènes d’un quotidien révolu : le bain de l’enfant, le rituel du coucher, etc. Pour y parvenir, il aurait toutefois fallu que Kevin Kölsch et Dennis Widmyer prennent véritablement la mesure de ce qui se joue à l’écran, plutôt que de s’en remettre à un défilé uniforme de figures calibrées. Simetierre ressemble de fait à une synthèse aussi curieuse qu’improductive entre les canons du film d’horreur commercial et des effets, vides de sens mais bien visibles, caractéristiques d’une certaine épouvante arty (Hérédité, It Comes At Night, The Witch), tels ces raccords elliptiques où la caméra panote en haut ou en bas du cadre pour passer subrepticement à une temporalité et à un décor différents.