© Metropolitan Filmexport
Marche ou crève

Marche ou crève

de Francis Lawrence

  • Marche ou crève
  • (The Long Walk)

  • États-Unis2025
  • Réalisation : Francis Lawrence
  • Scénario : J. T. Mollner
  • d'après : le roman
  • de : de Stephen King
  • Image : Jo Willems
  • Décors : Kathy McCoy
  • Montage : Mark Yoshikawa
  • Musique : Jeremiah Fraites
  • Producteur(s) : Francis Lawrence, Roy Lee, Cameron MacConomy et Steven Schneider
  • Production : Vertigo Entertainment, Media Capital Technologies
  • Interprétation : Cooper Hoffman (Ray Garraty), David Jonsson (Peter McVries), Mark Hamill (le Commandant), Charlie Plummer (Gary Barkovitch)...
  • Distributeur : Metropolitan Filmexport
  • Date de sortie : 24 septembre 2025
  • Durée : 1h48

Marche ou crève

de Francis Lawrence

Aux portes de l'abîme


Aux portes de l'abîme

Des romans de Stephen King, Marche ou crève (que le romancier avait publié sous son pseudonyme de Richard Bachman) n’est pas le plus propice à être adapté au cinéma. Il y décrit comment, dans une Amérique dystopique, des jeunes hommes sélectionnés via une loterie participent à une longue marche dont le vainqueur ressort couvert d’or. Le principe ? Les concurrents avancent, de plus en plus éprouvés et épuisés, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un. Gare aux traînards : si l’un des marcheurs, pour une raison X ou Y, commence à ralentir, il s’expose à recevoir son « ticket » de la part du convoi militaire accompagnant le peloton ; soit une balle dans la tête. Le tout est filmé et retranscrit à la télévision (une dimension que le film n’investit pas du tout), pour galvaniser une population appauvrie et démoralisée. Marche ou crève a surtout pour spécificité d’être l’une des rares histoires de King qui ne s’attache pas à une ville, une localité ou à un milieu, mais à une action continue, ramassée sur quelques jours où se tissent des liens d’amitié, de fraternité et de rivalité entre les participants. Comment filmer un tel scénario ? Dès les premiers mètres, le film marche sur ses lacets et s’étale sur le bitume : à peine la procession a‑t-elle commencé que Francis Lawrence dégaine une série de plans de coupe filmés au drone, entérinant le manque de cinégénie du dispositif. Il y a pourtant une raison pour laquelle Lawrence, et non un autre faiseur hollywoodien, se retrouve aux manettes de ce projet : son cadre narratif n’est pas sans rappeler celui des Hunger Games qu’il dirigea il y a une décennie (même rituel macabre, même vision funeste du futur, même vampirisation de la jeunesse).

Marche ou crève sera de fait le récit d’une résistance contre la barbarie – le livre et le film peuvent être lus comme une métaphore assez lisible de ces jeunes garçons s’engageant sous les drapeaux avant d’être broyés par la froide réalité de la guerre. On pourra rétorquer qu’il est en cela fidèle à l’esprit du roman de King. Deux détails traduisent cependant une inflexion par rapport à la noirceur du matériau originel. D’abord, l’escamotage du personnage de Stebbins, la figure la plus trouble du récit (peut-être son vrai cœur sombre), dont le scénario réduit l’importance, jusqu’à mélanger ses attributs avec un autre, le favori de la course qui tombe malade. Ensuite, la fin : en modifiant le dénouement et l’identité des deux derniers survivants, Lawrence troque le nihilisme de King et sa conclusion mystique (l’apparition d’une ombre qui semble être celle de la mort elle-même) pour un propos plus ouvertement politique et une célébration de l’amitié dans l’adversité. Ce léger ripolinage confirme le ratage d’une adaptation qui peine à tirer du brio du livre une matière proprement cinématographique. Contrairement à de nombreux ouvrages du romancier, Marche ou crève n’est pas très riche en visions ; Lawrence lui enlève en plus sa principale, pour s’arrêter aux portes de l’abîme que les dernières lignes de King avaient esquissé.

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