Si les troisième et quatrième volets de Toy Story distillaient, chacun à leur manière, un parfum de dernière fois, ou du moins de la fin d’une innocence, Toy Story 5 acte que ce discours n’est plus possible alors que la franchise se prolonge désormais au-delà de sa conclusion naturelle – le temps passe, les enfants grandissent, il faut en faire son deuil. Comment poursuivre lorsqu’on est allé au bout du chemin ? Rejouer, par l’entremise d’un nouveau personnage principal (Jessie, la cow-girl, qui relègue Woody et Buzz au rang d’adjuvants), la même trame d’un apprentissage doublé d’un lâcher-prise ? Ou bien actualiser légèrement les paramètres du récit, en incluant la manière dont les enfants vivent à l’heure du tout numérique ? C’est le double postulat de Toy Story 5, qui remet donc le couvert en se concentrant sur l’irruption de Lilypad, une tablette offerte à la petite Bonnie pour qu’elle se fasse des amies via une boucle de messagerie et des jeux en ligne, à défaut de pouvoir sociabiliser « en vrai », puisque les enfants semblent désormais délaisser les jouets d’antan pour ce que les poupées et autres peluches laissées-pour-compte appellent « la Tech ». Mais cette mise à jour du logiciel s’accompagne aussi d’une forme de renoncement assumé dans l’ambition : pour la première fois, un film Toy Story ressemble moins au nouveau chapitre d’une franchise inventive – même si le précédent épisode flirtait déjà avec la redite – qu’à une histoire bonus qui aurait peut-être davantage sa place sur une plateforme de streaming, pour les aficionados de la première heure.
Est-ce à dire que ce Toy Story est dépourvu de la petite magie de Pixar, en berne depuis quinze ans, à quelques exceptions près (notamment Les Indestructibles 2) ? Pas tout à fait non plus. C’est sur le plan du burlesque que le film trouve sa raison d’être, en jouant des possibilités offertes par ses nouveaux personnages – gadgets numériques en tous genres, mais aussi animaux qui font de ce dernier volet, plus qu’une « histoire de jouets », une aventure du non-humain. On sent néanmoins que l’équilibre miraculeux du studio s’est effrité : jadis, le blues de Bonnie (raillée par ses supposées « copines »), ou le faux sacrifice de l’un des nouveaux jouets (dans une scène théoriquement poignante, mais trop vite brossée, puis rattrapée par le scénario), aurait ouvert une brèche émotionnelle qu’on peine ici à retrouver, à l’exception de la toute fin. On voit alors, pendant une poignée de secondes, les affects d’enfants dépeints avec une fébrilité rare dans le champ de l’animation : deux petites filles voudraient bien être copines, mais ne savent pas comment s’y prendre et sont entravées par leur manque de confiance en elles. Ce n’est pas grand-chose, mais le temps de quelques plans, on se souvient alors pourquoi Pixar a compté.