Élémentaire reconduit la formule narrative des plus grands succès de Pixar, dans lesquels des personnages sont amenés, par un concours de circonstances, à évoluer dans un espace inhospitalier. Ainsi des jouets partant à l’aventure hors de la chambre d’un enfant (Toy Story), d’un rat perdu dans les rues de Paris (Ratatouille) ou encore d’un petit garçon catapulté dans le monde des morts (Coco). Ici, une jeune braise fougueuse (Flam) s’entiche d’un être aqueux (Flack) contre l’avis de ses parents, qui attendent plutôt d’elle qu’elle reprenne l’entreprise familiale, une boutique située au cœur d’un quartier d’immigrés en périphérie d’Element City. En se rapprochant de Flack, Flam découvre le centre-ville de la mégalopole et rencontre d’autres éléments (eau, terre, air) qui n’ont pas l’habitude de côtoyer les siens.
Si le programme reste bien le même, quelque chose ne prend jamais dans ce film qui enchaîne les rebondissements les plus attendus. Scolaire de bout en bout, Élémentaire échoue surtout à exploiter le potentiel comique de son duo, réduit à une suite d’oppositions téléphonées ou de gags répétitifs, et atténue dans le même temps la dimension potentiellement tragique du récit. Une certaine cruauté habitait par exemple un film comme Nemo, dès sa déchirante scène d’ouverture. Mis à part l’exil initial (celui des parents de Flam, illustré par un flashback insipide), les événements semblent ici au contraire inconséquents et le moindre accident est relativisé par la plasticité de protagonistes fluides et gazeux que rien ne peut atteindre. Les personnages renaissent littéralement de leurs cendres, tandis que les larmes (celle que ne cesse de faire couler Flack) ne recouvrent pas la perte d’un être cher mais permettent paradoxalement sa résurrection.
Le film a d’ailleurs beau s’ancrer dans un monde où racisme et xénophobie font loi, il relègue pourtant sa critique du ségrégationnisme à de brèves mentions (panneaux d’interdiction, regards en biais), si bien que Flam paraît à moitié atteinte par ce qui l’entoure, rien n’entravant véritablement sa progression dans Element City. Il faut dire que le problème de l’héroïne (l’extraction inévitable de son milieu d’origine) reste, comme dans les derniers Pixar, d’ordre individuel. Symptôme d’une importante panne d’inspiration, la fin d’Élémentaire rejoue à ce titre celle de Luca, le départ d’un train ayant simplement laissé place à celui d’un paquebot. Né durant l’essor du néolibéralisme, le studio semble hélas rattrapé par son origine industrielle : voilà quelques années qu’il ne livre plus que des produits lisses, aseptisés et tristement uniformes.