Quinzaine des Réalisateurs

    À l’ouest du Jourdain

    West of the Jordan River (Field Diary Revisited)

    réalisé par Amos Gitaï

    Aux côtés de fictions aux parti-pris formels affirmés, on trouvait dans la programmation de la Quinzaine des réalisateurs À l’ouest du Jourdain, un film à la forme très conventionnelle qui ne serait sans doute pas arrivé en sélection s’il n’était signé Amos Gitaï. Ce n’est pas la première fois que l’on trouve à la Quinzaine l’une ces productions qui donnent une idée appauvrie du genre documentaire et tendent à véhiculer l’idée que celui-ci relèverait d’une pratique journalistique plutôt qu’artistique.

    Le cinéaste établit ici un catalogue d’organismes et individus qui œuvrent pour l’apaisement des relations israélo-palestiniennes : anciens soldats ayant pu constater les dysfonctionnements de l’armée israélienne, mères des deux bords ayant perdu un enfant, journalistes… Sur la simple base de ce principe d’écriture, comment le résultat pourrait-il ne pas être superficiel ? Les entretiens présentés pour chaque organisation, filmés sur place en Cisjordanie ou en studio, ne permettent absolument pas de comprendre en quoi consiste réellement leur action, ce qu’elle produit et ne produit pas, les défis particuliers qu’elle doit relever, etc. De plus, les discours qui se substituent ici à une observation directe des initiatives donnent forcément une image assez édulcorée de la réalité : les différentes personnes décrivent leurs actions de leur propre point de vue et nous sommes privés de la possibilité de constater et analyser les situations décrites par nous-mêmes.

    S’il n’élude pas la question des résistances aux processus de paix, À l’ouest du Jourdain tend à se présenter comme un feel-good movie assez absurde, dont le but serait de donner de l’espoir au monde en montrant les démarches de ceux qui sont prêts à surmonter leurs différences pour ouvrir le dialogue avec ceux qui sont ou étaient considérés comme ennemis. Le film n’interroge pas les conditions de possibilité de cette ouverture d’esprit, comme si la capacité à faire un pas vers l’autre n’était qu’une question de volonté individuelle. Or, entre autres choses, le rapport de force entre les deux peuples joue certainement un rôle dans la relation qu’Israéliens et Palestiniens entretiennent avec le processus de paix.

    Sur un sujet aussi sensible, le réalisateur aurait gagné à affirmer plus clairement sa subjectivité. Le film se présente initialement comme un « journal de bord » (dans la lignée de Journal de campagne, réalisé en 1982) et Amos Gitaï est souvent présent à l’image, si bien que la figure du réalisateur est bien incarnée dans le film. Cependant, jamais le point de vue autour duquel le film s’organise n’est présenté comme tel. Penser que certaines choses vont de soi n’est pourtant pas la meilleure base pour une réflexion politique.