Gueule d’ange
  • Gueule d’ange

  • France
  •  - 
  • 2018
  • Réalisation : Vanessa Filho
  • Scénario : Vanessa Filho, Diastème
  • Image : Guillaume Schiffman
  • Décors : Nicolas Migot
  • Costumes : Ariane Daurat
  • Son : Xavier Dreyfuss, Olivier Walczak, Dominique Gaborieau
  • Montage : Sophie Reine
  • Musique : Audrey Ismaël, Olivier Coursier
  • Producteur(s) : Carole Lambert, Marc Missonnier
  • Production : Windy Production, Moana Films, Mars Films, Van Vuong Group, My Unity Production
  • Interprétation : Marion Cotillard (Marlène), Ayline Aksoy-Étaix (Elli), Alban Lenoir (Julio), Amélie Daure (Chiara), Stéphane Rideau (Jean)...
  • Distributeur : Mars Films
  • Date de sortie : 23 mai 2018
  • Durée : 1h48
Un certain regard

Gueule d’ange

réalisé par Vanessa Filho

On ne pourra pas reprocher à Vanessa Filho de faire l’impasse sur la France des marges avec son premier long, l’éprouvant Gueule d’ange, qui remet immédiatement en mémoire la manière dont Sean Baker filmait l’an dernier l’Amérique des marges dans le déjà frelaté The Florida Project. Au moins celle-ci avait-elle l’avantage de se trouver en banlieue de Disneyland, où des enfants sauvages parqués dans un motel miteux se précipitaient, pour vivre le temps d’une fugue leur conte de fées loin d’adultes irresponsables. Ici – dans une cité prolétaire de la Côte d’Azur – les mamans sont toutes aussi à la ramasse qu’à Orlando, avec pour les bambins esseulés la fête foraine du coin comme seule échappatoire. Fort opportunément, c’est devant un manège qu’Elli, la gueule d’ange du titre, se trouvera un papa-peluche, ex-plongeur de l’extrême reconverti en planche de salut.

Or, dès la scène de mariage qui ouvre les festivités, le mari s’impose déjà comme protecteur providentiel, tenant dans ses bras Elli au moment de découvrir, horrifié, que sa femme est en train de le tromper le soir même de leurs noces. Ce qui pose la question même de la représentation des femmes de ce milieu, presque toutes dépeintes en cagoles peroxydées programmées pour s’autodétruire dès le premier plan (la fillette chantonne une berceuse pour sa môman ivre), avec un acharnement qui rend impossible toute compassion pour la mère (elle disparaît des jours durant sans donner de nouvelles). Il faut dire que dans le rôle de Marlène, Marion Cotillard n’y va pas de main morte, dans une performance borderline de femme sous influence qui se cherche une filiation du côté de Gena Rowlands, mais ressemble surtout à une délirante variation de Sandra, son personnage de Deux jours, une nuit. Car c’est aussi du côté des frères Dardenne que lorgne ce naturalisme outrageusement fardé qui, sous couvert de sympathiser avec les classes populaires, fait d’elles un portrait proprement carnavalesque.

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