© Pyramide Distribution
À son image

À son image

de Thierry de Peretti

À son image

de Thierry de Peretti

Juste des images


Juste des images

À son image propose comme une forme de contrepoint féminin à Une vie violente. Aux personnages d’indépendantistes corses, De Peretti substitue celui d’Antonia, une jeune photographe en quête de « l’image juste ». Amoureuse d’un membre du FLNC, elle devient le témoin malgré elle du combat politique de son protégé, puis de ses dérives nationalistes, avant d’avoir le courage de s’en détacher. Le récit épouse cependant moins son point de vue que celui d’un narrateur dont on découvrira l’identité seulement au mitan du film. Victime d’un accident de voiture mortel dès les premières minutes, l’existence d’Antonia ne relève en fait plus que du souvenir et de moments épars traçant l’horizon funeste de son destin. Comme Une vie violente, À son image est composé d’une succession de flashbacks qui jettent un voile mélancolique et émouvant sur une vie rattrapée trop tôt par la mort.

D’où vient néanmoins l’impression que ce film-ci peine à convaincre complètement ? D’abord, il y a cette voix off omniprésente venant contrarier la rétention d’informations qui était jusqu’à présent à l’œuvre dans le cinéma de De Peretti : elle en dit trop. Plutôt que de conférer au film une dimension romanesque, ce procédé l’entraîne dans une embarrassante littéralité en assujettissant les images aux mots, au point de confiner à un didactisme que la dernière scène viendra entériner dans une salle de classe (ledit narrateur y enseigne l’Histoire). Didactisme, voilà un gros mot dont le film voudrait se défendre, mais auquel il n’échappe malheureusement pas : en témoigne encore une longue scène où Antonia photographie sous toutes les coutures son fiancé tandis que retentit l’emblématique « Salut à toi » des Bérurier Noir. On observe durant l’intégralité du morceau ses diverses tentatives pour approcher son sujet et trouver l’angle adéquat permettant de saisir la vérité de l’être (celle de l’amant autant que celle du rebelle), cette vérité qui sans cesse se dérobe à la vue comme à la raison : on a connu le cinéaste plus subtil. D’autant que le film brille peu par son inventivité formelle. Si l’on pouvait s’attendre à ce que le recours aux documents d’archives, aux arrêts sur images ou aux photographies enrichissent l’esthétique du cinéaste, ces ajouts accouchent plutôt d’une convocation convenue du passé, sur le mode d’un sempiternel « ça a été » (pour paraphraser Barthes). Un « vouloir-faire-dire-aux-images » que le discours off rend une fois encore volontiers démonstratif. Résultat : point d’image juste, juste des images.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !