Aux antipodes de Bowling Saturne, film sombre et sec, La Prisonnière de Bordeaux s’avère lumineux et doux. Écrit à plusieurs mains (dont celles de François Bégaudeau), le film dénote dans une filmographie qui nous a habitués à des trouées narratives et des dérèglements pulsionnels. Le cinéma de Mazuy se montre ici résolument tiède, préférant aux élans affectifs indécidables des ressorts psychologiques plus convenus. La Prisonnière de Bordeaux suit une bourgeoise dépressive, jouée par Isabelle Huppert, dont le mari encourt une lourde peine de prison. Un jour au parloir, elle fait la rencontre d’une jeune femme issue d’un quartier populaire (Hafsia Herzi), mère de deux enfants et qui se trouve dans une situation analogue à la sienne. Pour lui faciliter la vie, elle lui propose de l’héberger dans sa grande maison remplie d’œuvres d’art. Naîtra une belle amitié entre deux personnages que tout oppose, bientôt mise en péril par une histoire de dettes pas nette.
Pris sous cet angle de la comédie vaguement sociologique et teintée de polar (pas la veine la plus convaincante de la cinéaste, qui s’évertue pourtant à en reproduire les motifs de film en film), La Prisonnière de Bordeaux fonctionne plutôt bien : le récit se déploie de manière limpide et vise juste sans forcer le trait. Tout est à sa place ou finira par l’être (les tableaux, d’abord objets d’ironie, finiront ainsi par servir de nœud dramatique), mais sans casser des briques non plus. Si Mazuy nous a habitués à « balancer » ses scènes comme des fragments de vie saisis sur le vif, au risque d’un déséquilibre abrupt, la démarche vise ici plutôt à combler les failles et à sans cesse clarifier les enjeux. Ce que La Prisonnière de Bordeaux gagne en lisibilité, voire en capital sympathie, la cinéaste le perd en revanche en singularité, son film rejoignant le ventre mou d’un cinéma hexagonal pas indigne mais inconséquent. Bien que le film se révèle ponctuellement drôle, ce qui attriste ici, c’est de constater à quel point la mise en scène de Mazuy semble asphyxiée par sa propre politesse, s’effaçant au profit du scénario et de sa finalement maigre trame dramatique. Car si prisonnier il y a, c’est bien d’abord du film dont il s’agit, cadenassé par son envie de bien faire et d’arrondir les angles (la fin en demi-teinte ne suffira pas à inverser la tendance). On aime trop l’auteure de Peaux de vaches pour lui en vouloir vraiment, mais espérons qu’elle libère davantage son inspiration la prochaine fois.