Accueil > Actualité ciné > Critique > Diane Wellington mercredi 15 septembre 2010

Critique Diane Wellington

par Ariane Beauvillard

Diane Wellington

réalisé par Arnaud des Pallières

[Mostra 2010]

Les festivals réservent parfois quelques surprises derrière le fagot de la sélection officielle : c’est ainsi que, dans le programme Orizzonti, nous avons pu savourer les vingt minutes d’émotion brute procurées par le court-métrage d’Arnaud des Pallières, Diane Wellington. Derrière ce nom se cache une jeune femme des années 1930, riche héritière d’une famille de propriétaires terriens dans le Dakota du Sud. Le réalisateur joue sur l’idée d’une séance de projection familiale, racontée à la première personne par un narrateur qui se plonge dans les souvenirs lointains de sa mère. Mais plus qu’un journal intime, il s’agit d’une impression temporelle. Hommage au cinéma muet, contextualisation ultime, Diane Wellington est entrecoupé de cartons qui prennent en charge le lien entre quelques séquences d’archives multiples et l’histoire édifiante de Diane. La sobriété des notes mélancoliques d’un piano appuie à peine le récit tragique de la mystérieuse adolescente du titre, convoitée, enviée par ses amies parce que fortunée : sans que l’on ne sache pourquoi ou comment, Diane disparaît un beau jour. Jamais mélodramatique, le court-métrage réussit à préserver une tension palpable au travers des visages enfantins qui défilent, des scènes de rue anodines qui restituent l’atmosphère de ce Dakota où il fait toujours trop chaud ou trop froid. Quelques mots, quelques panoramas, et l’on comprend que le climat n’est pas plus hostile que les êtres humains. L’ordinaire est sublimé par l’éclairage des archives et le fil ténu entre l’image et la voix qui se rejoignent sans cesse : car grâce à ses quidam patinés par le temps se sont probablement dressés les cancans les plus extravagants. Subtilement, le cinéaste n’utilise aucun ressort extraordinaire pour décrire la disparition : les parents de Diane, nous dit-on, vinrent chercher les affaires de leur fille au lycée, et la rumeur, apparue avec véhémence, verra l’oubli lui succéder. On ne dévoilera pas le fin mot de l’histoire, poignant, qui, toujours délivré à la première personne, fait basculer cette simple nouvelle dans le conte social. Avec une grande simplicité, une grande élégance, Arnaud des Pallières redonne vie, le temps d’une évocation plurielle et autofictionnelle, à une victime de son temps. Qui a dit que le court-métrage était une forme mineure ?

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