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Good One

Good One

de India Donaldson

Good One

de India Donaldson

Les pierres et les ambigüités


Les pierres et les ambigüités

Good One ressemble de prime abord à un film échappé de Sundance, dont la facture cosmétique n’aurait pas grand-chose à voir avec les autres films indépendants américains présentés cette année à la Quinzaine des Cinéastes (Eephus, Christmas Eve in Miller’s Point), autrement plus singuliers. Musique sirupeuse, découpage d’une grande platitude, paysages filmés depuis une voiture : tous les signaux semblent alors indiquer un film inoffensif. Seulement voilà, le film se fait plus complexe à mesure que le trio composé par Sam, son père et un vieil ami de ce dernier (Matt) s’enfonce dans les bois, au cours d’une randonnée. Le temps s’écoule de plus en plus lentement : aux scènes ellipsées et superficielles du début succèdent de longues plages de dialogues assez finement écrites, jusqu’à la séquence la plus étirée du film, se déroulant autour d’un feu. Une réplique, à la fin de cette scène, rebat toutes les cartes du récit et le scinde en deux : le ton doux-amer de cette balade vaguement existentielle laisse place, dans la dernière demi-heure, à une atmosphère beaucoup plus grave.

Cette rupture, qu’il serait dommage de dévoiler (on dira seulement qu’elle change la perception que l’on a de l’un des personnages), pourrait tirer le film vers une forme de discours appuyé, mais il évite cet écueil en cultivant une ambigüité et en restant chevillé à Sam. Cette adolescente discrète (c’est la « good one » du titre) est aussi une fine observatrice. Avec son regard à demi éteint, elle perçoit ce que les autres ne voient pas. L’air de rien, India Donaldson parvient à capter de façon très juste le sentiment d’un fossé générationnel, qui isole Sam du groupe et la contraint au silence. Dans une ultime scène, par le dénouement d’une farce que la jeune fille joue aux adultes (elle leste leurs sacs de petites pierres avant de partir sans eux), la cinéaste figure symboliquement une porte de sortie possible – il faut pouvoir se délester des poids morts pour rétablir le dialogue.

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