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Rendez-vous avec Pol Pot

Rendez-vous avec Pol Pot

de Rithy Panh

  • Rendez-vous avec Pol Pot

  • France, Cambodge, Qatar, Taïwan, Turquie2024
  • Réalisation : Rithy Panh
  • Scénario : Rithy Panh, Pierre Erwan Guillaume
  • d'après : Les Larmes du Cambodge : l'histoire d'un autogénocide
  • de : Elizabeth Becker
  • Image : Prum Mesa, Aymerick Pilarski
  • Costumes : Ariane Viallet
  • Montage : Rithy Panh
  • Musique : Marc Marder
  • Producteur(s) : Catherine Dussart, Roger Huang, Justine O., Rithy Panh, Fatma Hassan Alremaihi, Hanaa Issa, Mehmet Zahid Sobaci, Muhammed Ziyad Varol, Mirsad Purivatra, Jovan Marjanovic, Georges-Marc Benamou
  • Production : CDP, Anupheap Production
  • Interprétation : Irène Jacob (Lise Delbo), Grégoire Colin (Alain Carillou), Cyril Gueï (Paul Thomas)...
  • Distributeur : Dulac Distribution
  • Date de sortie : 5 juin 2024
  • Durée : 1h52

Rendez-vous avec Pol Pot

de Rithy Panh

Dans les plis de l'histoire


Dans les plis de l'histoire

À l’image de l’œuvre hétérogène de Rithy Panh, Rendez-vous avec Pol Pot est un film composite, dans lequel des images d’archive et des reconstitutions réalisées à l’aide de maquettes font irruption au sein d’une fiction historique adaptée d’un ouvrage d’Elizabeth Becker, l’une des rares journalistes à avoir pu interviewer Pol Pot au cours de son règne. Le récit suit l’arrivée au Cambodge de trois occidentaux – une journaliste, un photo reporter et un intellectuel communiste, ancien camarade de Pol Pot à la Sorbonne – et retrace leur visite du pays puis leur entrevue avec le dictateur, au moment où le régime Khmer rouge, isolé et menacé par le voisin vietnamien, commet un génocide sur sa propre population. Sous surveillance, les trois visiteurs n’ont dans un premier temps accès qu’à des villages Potemkine et à des maquettes à la gloire du pouvoir dictatorial, que le film réutilise ensuite pour figurer ce qui se joue à l’abri des regards, dans les coopératives agricoles où la population cambodgienne vient d’être envoyée de force au nom d’un idéal communiste prolétarien.

De cette période tragique, dont Panh a tiré de nombreux films relevant d’un devoir de mémoire (dont S21, L’Image manquante, ou plus récemment le beau Irradiés), le film montre avec précision les mécanismes de mise en scène au fondement de la propagande : peintures, sculptures et maquettes participent à entretenir un récit national qui finit par se substituer au réel lui-même, auquel les visiteurs occidentaux n’ont pas immédiatement accès. Tourné dans un format resserré, en 4:3, Rendez-vous avec Pol Pot adopte à cet égard la forme d’un film de prison à ciel ouvert, en quadrillant un espace à la fois aéré et étriqué (le récit se déroule dans les plaines verdoyantes du Cambodge, mais l’horizon semble toujours obstrué). En témoigne notamment la piste d’atterrissage où attendent longuement les personnages après leur arrivée au pays : la ligne de béton, divisée en plusieurs dalles, encadre les trois visiteurs dans des cases dont ils peineront à s’extraire. Cet horizon carcéral culmine lors de la confrontation tant attendue avec Pol Pot. Entre les murs d’un manoir sans issue, le dictateur est filmé par l’entremise d’une ombre projetée, évoquant celle du Colonel Kurtz ou de Dracula, qui encercle les journalistes.

Quelque chose ne prend toutefois pas dans la reconstitution historique, en particulier du côté du trio d’acteurs constitué d’Irène Jacob, Cyril Gueï et Grégoire Colin. Théâtrales et beaucoup trop lisibles, de nombreuses scènes entre les visiteurs et les membres du régime sonnent faux et ne parviennent pas à faire poindre l’émotion. À l’inverse, les images d’archive surgissent de manière beaucoup plus inventive, en surimpression ou par des jeux de raccord, par exemple lors d’un champ-contrechamp entre un acteur et une scène macabre que l’impératif moral de Panh lui interdit de reconstituer. Souvent bouleversants, ces fragments du passé permettent de faire jaillir un effroi documentaire dans les plis mêmes de la reconstitution, comme si l’envers sombre de l’histoire remontait soudainement, par la magie cathartique du montage, à la surface lisse de la fiction. C’est à cet endroit que le film, bien qu’inégal, s’avère le plus convaincant.

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