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Histoires de la nuit

Histoires de la nuit

de Léa Mysius

Histoires de la nuit

de Léa Mysius

Histoire redoublée


Histoire redoublée

Cette dernière édition du festival a été en grande partie hantée par la littérature : La Bola Negra, L’Inconnue et le Journal d’une femme de chambre sont des adaptations, Fatherland propose une biographie romancée de l’écrivain allemand Thomas Mann et plusieurs productions reposent sur une structure romanesque (le chapitrage pour La Vie d’une femme et Quelques jours à Nagi ou le processus d’écriture pour Autofiction et La Vénus électrique). En cohérence, la compétition s’achève sur la transposition à l’écran du polar de Laurent Mauvignier, Histoires de la nuit. Le récit est relativement simple : la soirée d’anniversaire de Nora (Hafsia Herzi), mère d’Ida (Tawba El Gharchi) et épouse d’un fermier, Thomas (Bastien Bouillon), est parasitée par le retour d’une vieille connaissance, Frank (Benoît Magimel), petit mafieux tout juste sorti de prison. Accompagné de ses frères, il prend en otage la famille ainsi que leur voisine, Cristina (Monica Bellucci), une artiste peintre qui s’occupe parfois de leur fille. La réalisatrice navigue donc entre les eaux du thriller, du film social et du drame familial, sans toutefois jamais à transcender ce mélange des genres.

Dès le début, on comprend que Nora cache un lourd secret, le récit s’attardant sur un élément bénin, grâce auquel elle sera retrouvée par Frank : elle souhaite qu’une vidéo de famille publiée par sa fille sur Tiktok et devenue virale soit supprimée. La scène s’achève sur une réplique assassine d’Ida à sa mère : « J’aimerais être comme toi : orpheline.» En soulignant de la sorte certains éléments de l’intrigue (l’enfant menace réellement de perdre ses parents en les exposant sur Internet), le film semble plus concentré à durcir l’ossature du roman qu’à l’emmener sur un un terrain proprement cinématographique. Cette manière de muscler les coutures du scénario s’accompagne par ailleurs d’une faiblesse narrative : les dialogues entre Cristina et son ravisseur appuient un discours grossier sur la différence de classe et de capital culturel, les deux collègues de Nora, invitées à sa fête, n’ont pas vraiment de substance, tandis que le caractère dysfonctionnel du couple est lourdement suggéré par leur absence de vie sexuelle, sans que le la cinéaste ne prenne le temps de poser un regard sur leur relation. Quelques qualités visuelles se dégagent néanmoins lorsque Mysius se concentre sur l’enfant : à quelques minutes de la fin, la lumière qui baigne le visage d’Ida dans la pénombre prépare l’importance qu’elle aura dans le dénouement. On pourrait même avancer que, dans un film où on ne sent presque aucun choix dans la direction d’acteurs, la petite Tawba El Gharchi sort du lot. C’est peut-être la seule marque d’autrice dans la filmographie de Léa Mysius : un don particulier pour filmer la fin de l’innocence.

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