© Varsha Productions et Barycenter Films
In Retreat

In Retreat

de Maisam Ali

In Retreat

de Maisam Ali

L'esquisse


L'esquisse

Certains premiers films permettent de découvrir un auteur, mais également un territoire. C’était par exemple le cas de Kaili Blues, que Bi Gan avait tourné dans la province chinoise du Guizhou, jusque-là peu filmée, et donc désormais d’In Retreat, qui se déroule dans la région du Ladakh en Inde, près de la frontière du Tibet. En racontant le retour d’un homme dans ce pays (peu après la mort de son frère dont il a manqué l’enterrement) et son errance nocturne dans la ville de Leh, Maisam Ali cherche à s’éloigner des paysages de carte postale pour lesquels cette partie de l’Inde est connue. Les montagnes himalayennes sont bien là, massives et nues, mais restent à l’arrière-plan, filmées derrière la vitre d’un bus ou d’une voiture. Le cinéaste s’intéresse surtout aux ruelles mal éclairées, à quelques perspectives architecturales étranges que n’aurait pas reniées Abbas Kiarostami, ou à des intérieurs blafards.

Récit d’une perdition, In Retreat réduit l’homme qui revient chez lui à une simple présence, observateur d’un monde qu’il traverse doucement à l’intérieur de longs plans, la plupart du temps fixes, à la recherche de souvenirs. Sa quête paraît presque passive, tant il se laisse balader au gré du hasard, comme pour repousser son arrivée à destination (une maison d’hôtes tenue par son neveu). À mesure que la nuit avance, des gros plans d’une main dessinant au crayon un plan de la ville s’insèrent dans le montage. Ces interludes mystérieux, que l’on peut prendre comme une cartographie évolutive du parcours du personnage, témoignent au fond assez bien de la nature d’esquisse de ce premier long-métrage. D’un geste pas toujours assuré, le cinéaste emprunte différentes pistes esthétiques et narratives (dont une nébuleuse affaire de gangs rivaux), comme pour conserver une certaine opacité. Mais c’est moins cette complexité de façade qui convainc, que la manière dont le film évolue de façon à la fois oisive et mystique, ponctué de poèmes lus en voix-off, dont certains écrits par l’écrivain palestinien Mahmoud Darwich. Ces citations éclairent en partie la trajectoire mélancolique du film : c’est l’histoire d’un homme qui ne peut pas rentrer chez lui. On comprend mieux dès lors l’atmosphère de mélo empêché qui plane ici et là : si le film pourrait à tout moment basculer dans les larmes (sur fond de retrouvailles houleuses avec la famille du frère), le personnage, au lieu de pousser la porte de la maison, préfère toujours bifurquer.

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