Accueil > Actualité ciné > Critique > Mon pire cauchemar mardi 8 novembre 2011

Critique Mon pire cauchemar

© Jerôme Presbois

Pilotage automatique, par Clément Graminiès

Mon pire cauchemar

réalisé par Anne Fontaine

Sur un canevas pas très éloigné des Sœurs fâchées qui avait valu à Isabelle Huppert une incursion remarquée dans la comédie, Anne Fontaine nous refait le coup du contremploi plutôt attendu sur un scénario cousu de fil blanc. Sans aucune surprise, Mon pire cauchemar déroule son programme sur un rythme très inégal. Sitôt vu, sitôt oublié.

Dans le paysage cinématographique français, Anne Fontaine pourrait se targuer d’être une sans-étiquette, une inclassable. De film en film, elle fait en effet preuve d’une application de bonne élève même s’il est bien difficile de lui trouver une véritable personnalité, même lorsqu’elle met en scène avec une certaine inspiration Coco avant Chanel. Au tournant des années 2000, la jeune réalisatrice avait pourtant les faveurs de la critique qui voyait en elle la confirmation progressive d’une auteure prête à s’affirmer. Après nous avoir gratifié d’un troublant Nettoyage à sec (probablement son meilleur film) et avoir réussi à rendre son Comment j’ai tué mon père aussi glacé que la relation père-fils qu’il décrivait, Anne Fontaine semble avoir définitivement brouillé les pistes avec Nathalie... et plus récemment La Fille de Monaco. Il était donc bien difficile d’imaginer ce que pourrait donner une comédie reposant sur l’association inattendue Huppert-Poelvoorde. Le titre du film et les hideuses affiches ne laissaient rien présager de bon.

Parent mésestimé du genre cinématographique, la comédie n’est pourtant pas ce qu’il y a de plus facile à réussir. Les projets inspirés sont rares, surtout lorsqu’ils sont français. Pour ceux qui cherchent avant tout à sauver les meubles, un concept continue de faire légion, près de quatre-vingts ans après l’apparition de la screwball comedy : la cohabitation forcée de deux personnes que tout oppose et qui, forcément, vont finir par se rapprocher. Si la recette ne garantit pas automatiquement de se mettre au même niveau qu’un Howard Hawks, elle permet au moins aux scénaristes et réalisateurs pas très inspirés de disposer d’une belle réserve de gags et quiproquos. Si certains n’en tirent strictement rien (On ne choisit pas sa famille de Christian Clavier, en salles cette semaine également), d’autres comme Anne Fontaine balisent sagement leur histoire, amusant vaguement l’auditoire sans jamais faire prendre la mayonnaise. En gros, ils suscitent un ennui poli. L’histoire tient sur un bout de papier : une bourgeoise coincée et intello (Isabelle Huppert) rencontre par la force des choses le père d’un ami de son fils (Benoît Poelvoorde), grossier et inculte, bref, son exact contraire. Forcément, ce dernier va la bousculer un peu pour la révéler finalement à la vacuité de l’intelligentsia parisienne qui se gargarise d’interprétations sur d’obscurs tableaux mais qui, en attendant, ne baise jamais. La caricature est facile et laisse planer un soupçon de démagogie pas très heureux sur ce film qui n’a pourtant pas les épaules de moquer grand-monde.

On imagine que le pari d’Anne Fontaine était aussi de jouer avec l’image publique d’Isabelle Huppert, essentiellement construite à partir d’une filmographie exigeante où l’actrice a su se mettre en danger comme personne. Alors évidemment, cela aurait pu être drôle de la voir faire la brouette sous l’effet de l’alcool, se livrer à un numéro de lap-dance dans une boîte de seconde zone ou encore atterrir dans un improbable carwash où les femmes lavent les voitures en petite tenue. Seulement, en 2004, Alexandra Leclère avait déjà eu l’idée de détourner la raideur et la froideur légendaires d’Huppert dans le regardable Les Sœurs fâchées. L’effet de surprise n’est donc plus là. Surtout que depuis quelques années, la grande dame du cinéma français peine à proposer des compositions convaincantes, donnant de plus en plus le sentiment qu’elle joue pour elle, dans son coin, incapable de s’intégrer dans une expérience collective (à l’exception notable de White Material où Claire Denis avait réussi à briser cette barrière). Pour Mon pire cauchemar, la réalisatrice en est donc pour ses frais et Benoît Poelvoorde, plutôt bon et nuancé, ramasse les miettes que sa partenaire de jeu accepte de lui laisser.

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