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Eaux profondes

Eaux profondes

de Adrian Lyne

  • Eaux profondes
  • (Deep Water)

  • États-Unis2022
  • Réalisation : Adrian Lyne
  • Scénario : Zach Helm, Sam Levinson
  • d'après : le roman
  • de : Patricia Highsmith
  • Image : Eigil Bryld
  • Montage : Tim Squyresn Andrew Mondshein
  • Production : New Regency Pictures, Entertainment 260, Film Rites
  • Interprétation : Ben Affleck (Victor Van Allen), Ana de Armas (Melinda Van Allen), Grace Jenkins (Trixie Van Allen), Tracy Letts (Don Wilson)...
  • Distributeur : Amazon Prime France
  • Date de sortie VOD : 18 mars 2022
  • Durée : 1h55

Eaux profondes

de Adrian Lyne

L'escargot


L'escargot

« Nothing ». C’est l’un des derniers mots que prononce Melinda (Ana de Armas) à son mari Vic (Ben Affleck), lorsque celui-ci, rentré d’une promenade à vélo, lui demande ce qui ne va pas. En se terminant là où il a commencé, Eaux profondes cultive cette sensation de surplace. Melinda trompe à plusieurs reprises Vic avec de jeunes amants qui se voient, à chaque fois, menacé ou assassiné par ce dernier, dans un cercle vicieux où amour et meurtre ne font plus qu’un. La répétition des scènes et le sentiment de déjà-vu qui imprègne nombre de séquences (le film évoque à plusieurs reprises Gone Girl et Apparences) nourrissent une forme d’enlisement généralisé, à l’image des escargots que Vic cultive dans son laboratoire. Il faut dire que les intérieurs bourgeois dans lesquels se déroule le gros de l’intrigue apparaissent comme des prisons de verre, où de tristes pantins ne peuvent que tourner en rond, le mari trompé et sa femme jouant à cache-cache dès que l’un des amants se trouve convié à l’intérieur du foyer. C’est d’ailleurs le seul élément vaguement intéressant d’Eaux profondes : la manière dont Vic semble parfois faire partie des meubles, relégué à son statut d’observateur inamovible dans le coin d’une pièce. Contrastant avec la légèreté affirmée d’Ana de Armas (dont l’une des premières actions est de danser, en équilibre, sur un piano), les gestes et l’attitude pachydermiques d’Affleck contreviennent aussi à la sensualité inhérente à ce type de thriller lubrique. Adrian Lyne a beau vouloir en faire un homme potentiellement dangereux et excitant (à travers quelques gestes quotidiens, par exemple le pressage d’un pamplemousse au petit-déjeuner, filmé en gros plan comme s’il s’agissait d’un meurtre), voire un tueur hardi et énergique (dans une improbable séquence de course-poursuite, où l’éleveur d’escargot, plutôt mou du genou, s’improvise cycliste de l’extrême), le flegme et la carcasse nonchalante d’Affleck finissent par faire déjouer la dynamique d’un récit qui s’imagine plus enivrant qu’il ne l’est vraiment. Le principal problème du film se trouve peut-être là : les velléités de Lyne ne paraissent pas tout à fait adaptées à la présence de son interprète principal, acteur-gastéropode dont l’imposante stature fait de ce thriller érotique un film sans tension ni érotisme.

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