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La Guerre des mondes

La Guerre des mondes

de Rich Lee

  • La Guerre des mondes
  • (War of the Worlds)

  • États-Unis2025
  • Réalisation : Rich Lee
  • Scénario : Kenneth Golde, Marc Hyman
  • d'après : La Guerre des mondes
  • de : H. G. Wells
  • Image : Christopher Probst
  • Montage : Charles Ancelle, Jake York
  • Musique : Jon Natchez
  • Producteur(s) : Patrick Aiello, Timur Bekmambetov
  • Production : Universal Pictures, Bazelevs Company, Patrick Aiello Productions
  • Interprétation : Ice Cube (Will Radford), Eva Longoria (Sandra Salas), Iman Benson (Faith Radford), Henry Hunter Hall (David Radford)...
  • Distributeur : Amazon Prime Video
  • Date de sortie VOD : 30 juillet 2025
  • Durée : 1h29

La Guerre des mondes

de Rich Lee

Desktoploitation


Desktoploitation

En 2014, la forme du « desktop movie » émergeait, désignant un film tourné sur un écran d’ordinateur dont la narration repose essentiellement sur les interfaces typiques de nos pratiques numériques (navigation sur internet, réseaux sociaux, moteurs de recherche, consultation de bases de données, télécommunications, messageries instantanées, etc.). Après plusieurs expérimentations pionnières (de Chris Marker à quelques YouTubers avant-gardistes), deux films en particulier avaient cette année-là consacré cette esthétique : d’un côté la série B Unfriended de Levan Gabriadze et, de l’autre, l’essai documentaire Transformers : The Premake de Kevin B. Lee. Si les deux films présentaient un dispositif commun, tout au fond les opposait. L’objectif séduisant d’Unfriended était d’actualiser les codes du slasher à l’ère du web 2.0, quand celui de The Premake était plutôt, dans une perspective réflexive et média-critique, de recourir au modèle du film-interface afin d’enquêter sur la production et la promotion d’un blockbuster, Transformers : L’Âge de l’extinction de Michael Bay. Produit par Universal et diffusé sur Amazon Prime Video, La Guerre des mondes s’inscrit dans le sillon du premier modèle (il est chapeauté par le même producteur, Timur Bekmambetov), tout en actant le ravalement du second par l’industrie : il s’agit d’une nouvelle adaptation du célèbre roman d’H.G. Wells qui voit Will Radford (Ice Cube), un agent du DHS (le United States Department of Homeland Security), enquêter depuis son ordinateur sur une attaque d’aliens menaçant d’annihiler l’humanité. Devant l’accumulation spectaculaire des fenêtres témoignant de l’invasion, difficile de ne pas penser au film-essai de Kevin B. Lee, dans lequel le cinéaste documentait depuis son ordinateur la façon dont le blockbuster de Michael Bay s’accaparait l’espace numérique, mais aussi l’espace public de la ville de Detroit, concrétisant in real life ce que la saga hollywoodienne ne cessait d’imaginer (la destruction du genre humain par des machines invasives).

Le parallèle a beau être frappant, La Guerre des mondes n’est pas de la trempe de L’Âge de l’extinction. Quoique le film de Rich Lee se fantasme en spectacle hollywoodien, il s’apparente surtout à une série B au sens premier du terme – soit une production au budget minime calquée sur des succès antérieurs, le dispositif du film-interface permettant de réaliser un film catastrophe avec des moyens dérisoires[1]Comme le found footage l’avait permis auparavant pour Cloverfield, ou dans une moindre mesure les Google Glass pour JeruZalem.. La Guerre des mondes a été tourné pour une bouchée de pain pendant la pandémie de COVID-19, et cela se voit : la plupart des images de destruction sont le résultat d’incrustations grossières à l’intérieur de vidéos issues de banques d’images type Shutterstock. Entre les faux glitchs et les effets de recadrages sur des éléments de l’interface afin de dramatiser une situation à laquelle personne ne croit (surtout pas les acteurs, qui en font des caisses), les scènes aberrantes s’enchaînent clic après clic. Ice Cube pilote à distance une Tesla pour sauver sa fille enceinte poursuivie par des aliens ; un livreur se retrouve aux commandes d’un drone volant entre les immeubles en flammes afin de livrer une clé USB permettant d’empêcher l’apocalypse ; un virus informatique est fabriqué en deux minutes par des hackers du dimanche arborant un sweat à capuche noir en guise de photo de profil sur Microsoft Teams, etc. Quant au montage des interfaces, il reproduit sans effort les effets visuels et sonores des titres les plus racoleurs de la « desktoploitation », surtout Searching et sa suite Missing, qui avaient pour particularité d’exploiter les formes informatiques pour leurs atours sensationnalistes (amoncellement d’informations et de gros titres à l’écran, spectacle de la maîtrise des outils, fascination pour le tracking et la surveillance globale, prime à la vélocité caractéristique des réseaux sociaux)

En d’autres termes, la rencontre entre le desktop movie et le film catastrophe hollywoodien accouche ici d’un authentique nanar, dont la conclusion gentiment contestataire (un agent fédéral qui démissionne pour servir un groupe de hackers antisystème) va de pair avec un asservissement complet du dispositif à l’égard des géants du numérique – en particulier Amazon, qui en profite pour multiplier les placements de produit. Transformers : The Premake l’avait annoncé il y a dix ans : même dans l’univers modulaire et intimiste de nos interfaces numériques, le capitalisme publicitaire et sécuritaire emporte tout sur son passage, qu’il s’agisse des formes nouvelles permettant d’en ausculter les rouages, des imaginaires cherchant à le subvertir de l’intérieur ou des discours visant à en dénoncer les innombrables dérives. Le dévoreur de mondes qu’affrontent sans le savoir les personnages caricaturaux du film de Rich Lee, c’est lui.

Notes

Notes
1 Comme le found footage l’avait permis auparavant pour Cloverfield, ou dans une moindre mesure les Google Glass pour JeruZalem.

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