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Hors du temps

Hors du temps

de Olivier Assayas

  • Hors du temps

  • France2024
  • Réalisation : Olivier Assayas
  • Scénario : Olivier Assayas
  • Image : Eric Gautier
  • Décors : François-Renaud Labarthe
  • Costumes : Jürgen Doering
  • Son : Romain Cadilhac
  • Montage : Marion Monnier
  • Producteur(s) : Olivier Delbosc, Olivier Assayas
  • Production : Curiosa Films, Vortex Sutra
  • Interprétation : Vincent Macaigne (Paul), Micha Lescot (Etienne), Nora Hamzawi (Carole), Nine d'Urso (Morgane)
  • Distributeur : Ad Vitam
  • Date de sortie : 19 juin 2024
  • Durée : 1h45

Hors du temps

de Olivier Assayas

D'une belle maison


D'une belle maison

Olivier Assayas a visiblement trouvé son expérience privilégiée du confinement – vécu dans une résidence familiale au milieu d’un bois verdoyant – assez intéressante pour lui dédier un film. Dans une scène d’interview, une journaliste de France Culture questionne l’avatar du cinéaste, joué par Vincent Macaigne, sur son quotidien durant cette période : ce dernier témoigne d’abord de son malaise vis-à-vis d’une telle question, qu’il qualifie « d’obscène » au vu des conditions beaucoup plus difficiles affrontées par la majeure partie de la population, mais l’entretien se poursuit sans faire grand cas du mot lâché – on y discute ensuite de livres de chevet. Ce risque de « l’obscénité » demeure pourtant palpable, en dépit d’un horizon trompeur tracé par les premiers plans du film : en voix-off, Olivier Assayas lui-même évoque des souvenirs d’enfance dont les décors (la maison de famille, le jardin des voisins, le bois, etc.) défilent à l’écran. Cette introduction laisse présager un récit mémoriel à la recherche de ces lieux épargnés par les années qui passent – en somme, hors du temps. En vérité, la visée du film est ailleurs : si la voix-off revient ponctuellement, le film se concentre surtout sur le quotidien privilégié de quatre personnages – deux frères (Vincent Macaigne et Micha Lescot) et leurs compagnes respectives (Nine d’Urso et Nora Hamzaoui). On y suit leurs dîners éméchés dans la vieille propriété, leurs séances de psy en distanciel et leurs chamailleries sur les gestes barrières. Le film se perd alors dans une « comédie Covid » assez poussive, s’amusant des maniaqueries et des angoisses de chacun. Tablant trop sur ses acteurs, qui portent seuls la dimension comique du film, Olivier Assayas surestime notamment la force du cabotinage de Macaigne, qui s’en donne à cœur joie entre son débit balbutiant et son imitation de la voix du réalisateur. On notera par ailleurs la teinte sexiste des dialogues : quand elles ne sont pas occupées à faire des séances de yoga ou à prendre des cours de danse par zoom, les femmes y sont le plus souvent envisagées comme des figures subalternes aux deux frères. Ces derniers apparaissent régulièrement comme les détenteurs d’un savoir qu’elles ne maîtrisent pas et qui inspire à leur endroit des sourires doucement moqueurs et paternalistes.

Au-delà de leur inefficacité comique, les situations frappent surtout par leur souci d’étaler les références : presque aucune réplique n’échappe à la citation d’un auteur, d’un peintre, d’un musicien ou d’un cinéaste. Même les souvenirs qu’on évoque en dînant, un verre de blanc à la main, se rapportent à un acteur ou à un instrumentiste côtoyé par la famille. Non seulement ce goût des citations et des évocations ne nourrit pas la mise en scène, mais il tend de surcroît à mettre en exergue ses faiblesses. Ainsi d’une double allusion acrobatique à Monet et David Hockney par la voix-off d’Assayas, qui prône le retour à la nature (en même temps qu’il revendique la vocation du cinéma à la filmer). La tirade se superpose alors à un défilement rapide de plans champêtres tenant davantage du diaporama que de la remembrance d’un paysage bucolique. Le plus souvent, les grands noms égrainés par les dialogues sont moins convoqués pour leur valeur théorique ou esthétique que pour les rattacher à des petites anecdotes familiales. C’est le cas notamment de Modigliani : au détour d’une scène, on rappelle que le grand-père d’Assayas n’aurait pas eu la jugeote d’acheter l’une de ses œuvres il y a 80 ans. De la sorte, le film semble moins célébrer une mémoire qu’un héritage. L’épilogue du film est à ce titre éloquent : ému, l’avatar du cinéaste lègue à sa fille la part de la maison familiale dont il était propriétaire, en lui précisant cependant qu’il en garde pour le moment l’usufruit. De ces références assimilées, de ces souvenirs évoqués et de ces biens amassés, Olivier Assayas tire avant tout des revenus symboliques : le prestige rassurant d’une belle maison.

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