Liv & Ingmar

Liv & Ingmar

de Dheeraj Akolkar

  • Liv & Ingmar

  • Norvège2012
  • Réalisation : Dheeraj Akolkar
  • Scénario : Dheeraj Akolkar
  • Image : Hallvard Bræin
  • Son : Vijay Kumar, Anuj Mathur
  • Montage : Tushar Ghogale
  • Musique : Stefan Nilsson
  • Producteur(s) : Rune H. Trondsen
  • Production : Nordic Stories
  • Interprétation : Liv Ulmann dans son propre rôle
  • Distributeur : KMBO / Vladimir Kokh
  • Date de sortie : 8 mai 2013
  • Durée : 1h23

Liv & Ingmar

de Dheeraj Akolkar

Cinéma global


Cinéma global

Dheeraj Akolkar, jeune cinéaste indien, choisit comme sujet de son premier long métrage la relation tumultueuse de Liv Ullmann et Ingmar Bergman, si féconde pour le cinéma. Le sujet est forcément intéressant et la proposition intrigue. Mais au lieu du regard singulier que l’on pouvait espérer, Akolkar nous livre un « cinéma global », hors-sol, sans caractère, où tout le monde parle anglais.

Liv & Ingmar est un bel exemple d’absence de regard et d’engagement intellectuel. Il est étonnant que quelqu’un qui admire visiblement Bergman – à moins qu’il ne soit sensible qu’à une « histoire d’amour » – paraisse si peu exigeant vis-à-vis de l’image et comme inconscient de sa dimension morale. Ce n’est pas que le réalisateur soit mal intentionné ; il ne l’est que trop. Tellement, qu’il ne traite jamais son objet comme un problème mais seulement comme un réservoir d’émotions standardisées qu’il s’agit de produire chez le spectateur, à grand renfort de musique et métaphores (chute d’appareil photo, mains tremblantes qui effleurent des photos, etc.).

Il y a tout de même une hypothèse : les rôles que Bergman offrait à Liv Ullmann seraient à chaque fois en rapport avec l’état de leur relation. Pourquoi pas ; l’hypothèse a un intérêt cinématographique, puisqu’elle oriente Akolkar dans son usage des plans ou séquences tirées des films de Bergman. Malheureusement, la rencontre des deux régimes d’image ne va pas très loin et l’on se contenterait volontiers d’un best of Bergman/Ullmann. Quelques montages fonctionnent toutefois assez bien, notamment à partir des plans de La Honte ou de L’Heure du loup. Et il faut ajouter, avant de continuer à dire du mal du film, que la photo, surtout en extérieur, est très belle.

Liv & Ingmar paraît écrit dans une langue susceptible d’être comprise sans effort en n’importe quel point du globe ; une sorte d’esperanto cinématographique ou plutôt, car il y manque l’utopie, l’équivalent d’un global english. Liv Ullmann parle d’ailleurs en anglais : souci des producteurs peut-être, ou désir du réalisateur de la comprendre sans interprète ? Mais c’est pour le film comme un péché originel. C’est au moins un signe patent de l’absence de considération pour le singulier. Bergman pensait et tournait dans une langue, le suédois ; c’est dans cette langue que nous regardons ses films ; c’est dans cette langue qu’avec Ullmann ils se sont aimés. Que nous la comprenions ou pas, nous avons besoin de sa matière.

Il faut dire que Liv Ullmann n’aide pas le réalisateur à s’échapper de ce mauvais universel, mais contribue à l’y enfoncer encore plus. Merveilleuse actrice, si convaincante dans la pudeur et la confusion des sentiments, elle se laisser aller à minauder, tient un propos excessivement écrit, et s’écoute aligner les poncifs de la psychologie triomphante. Chacune de ses phrases aspire à être définitive, et le tout mis bout à bout constitue une somme de petits arrangements, de petites complaisances, de petits mensonges presque de bonne foi… et tellement émouvants ! On ne lui demandait pourtant pas de jouer – à moins que ?

Il aurait mieux valu ne pas soulever les jupes de la réalité. La Liv « réelle » est fausse. La vraie est celle de Persona, de Cris et chuchotements, des Scènes, de la Sonate d’automne, Liv amoureuse, inquiète, souffrante, folle, pieuse, Liv qui crie, qui pleure, Liv de Fårö, la Liv du cinéma.

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