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Se souvenir d’une ville

Se souvenir d’une ville

de Jean-Gabriel Périot

  • Se souvenir d’une ville

  • Suisse, France2023
  • Réalisation : Jean-Gabriel Périot
  • Scénario : Jean-Gabriel Périot
  • de : Jean-Gabriel Périot
  • Image : Augustin Losserand, Denis Gravouil, Amine Berrada, Amel Djikoli
  • Son : Henri Maïkoff, Xavier Thibault, Laure Arto
  • Montage : Jean-Gabriel Périot
  • Producteur(s) : Cécile Lestrade, David Epiney, Eugenia Mumenthaler
  • Production : Alter Ego Production
  • Distributeur : Jour2Fête
  • Date de sortie : 13 novembre 2024
  • Durée : 1h49

Se souvenir d’une ville

de Jean-Gabriel Périot

Tu n'as rien vu à Sarajevo


Tu n'as rien vu à Sarajevo

Dans la cour d’un immeuble se dressant dans le ciel de Sarajevo, un homme creuse la terre pour y enfouir une caméra, plongeant par extension le cadre dans la noirceur. L’ambition de Se souvenir d’une ville, qui mêle images d’archives et prises de vue contemporaines, se dévoile en miroir de cette scène : il s’agit d’exhumer la mémoire, mais aussi le regard des habitants de Sarajevo durant le siège de la ville qui a marqué la guerre de Bosnie-Herzégovine. Deux parties structurent le film : la première documente cette page d’histoire par le truchement d’archives, tandis que la seconde va à la rencontre, trente ans après, des auteurs des « films de guerre » que l’on a entraperçus. L’éclectisme de ces derniers tempère un temps le caractère programmatique de la construction. Le montage mêle ainsi des fragments de natures et de tonalités très disparates : images documentaires captées malgré le danger, autofictions et court-métrages tragicomiques trompant la peur et l’ennui, témoignages filmés, etc. Se souvenir de Sarajevo, ce serait donc embrasser cette collection hétéroclite de regards.

Trente ans après la guerre, les images ont vieilli et ont parfois été oubliées. Se souvenir d’une ville adopte alors, pour récolter la parole de ces réalisateurs d’antan, un dispositif de mise en scène scolaire et qui jure avec l’intérêt des archives. Tous les entretiens formant la seconde partie se fondent ainsi sur la juxtaposition de deux échelles de plan : l’une très serrée, qui capte le visage de la personne interviewée ; l’autre plus large, où l’on aperçoit également l’équipe de tournage ainsi que des pans de Sarajevo nimbés de flou. Ces quelques visions troubles seront le seul aperçu contemporain que le film propose de la ville, qu’il ne semble jamais regarder. Pas de ruines ou de fantômes, pas de passé oublié ou noyé dans l’hypermodernité ; la ville n’existe, aux yeux du film, presque pas. Cette succession dévitalisée d’entretiens est frugalement ravivée par des détails saillants des témoignages. On retiendra notamment ce réalisateur qui, devant son film réalisé des décennies plus tôt, envie la « brutalité » de son regard d’alors, aujourd’hui perdue. Mais rarement à la hauteur des archives ou des mémoires qu’elles éveillent, Se souvenir d’une ville échoue, en raison de sa timidité formelle, à donner sa pleine mesure au passé traumatique de Sarajevo.

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