Yourself and Yours
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Yourself and Yours
    • Yourself and Yours
    • (Dangsin Jasingwa Dangsinui Geot)
    • Corée du Sud
    •  - 
    • 2016
  • Réalisation : Hong Sang-soo
  • Scénario : Hong Sang-soo
  • Image : Park Hong-yeol
  • Son : Seo Ji-hoon, Kim Mir
  • Montage : Hahm Sung-won
  • Musique : Dalpalan
  • Producteur(s) : Kang Taeu
  • Production : Jeonwonsa Film Co.
  • Interprétation : Kim Ju-Hyeok (Kim Youngsoo), Lee Yoo-young (So Minjung), Kwon Hae-hyo (Park Jaeyoung), Yu Junsang (Lee Sangwon), Kim Ui-seong (Kim Joonghaeng)...
  • Distributeur : Les Acacias
  • Date de sortie : 1 février 2017
  • Durée : 1h26

Yourself and Yours

Dangsin Jasingwa Dangsinui Geot

réalisé par Hong Sang-soo

Quel autre cinéaste peut se prévaloir d’un cinéma aussi économe, aussi libéré et aussi salué que le Coréen Hong Sangsoo ? Au rythme d’un film par an (Hill of Freedom en 2015, Un jour avec, un jour sans en 2016, et déjà On the Beach at Night Alone, en compétition à Berlin cette année), Hong Sangsoo explore comme aucun les facettes multiples des rapports amoureux, les jeux de trajectoires manquées, d’espoirs soulevés et de déceptions amères, dans un cinéma d’une apparente facilité, léger et pourtant habité. Ici, le petit couple formé par Youngsoo et Minjung se sépare lorsque Youngsoo, informé par un ami, accuse Minjung d’avoir rompu leur pacte et de s’être livrée à la boisson – et à la drague d’autres hommes – en son absence. Elle nie, et l’on découvre un peu plus tard que celle qu’un galant, comme le spectateur, croit reconnaître au bar serait en réalité quelqu’un d’autre. Le film ne lèvera pas le mystère, mais le quiproquo ainsi généré donne un véritable élan cinématographique au film, la ressemblance creusant d’un côté la rupture tandis que son déni installe de l’autre la possibilité de nouvelles rencontres masculines et ouvre surtout le champ à un apprentissage cinématographique des mécanismes de la projection amoureuse.

Marivaudages

Les fondements de l’intrigue – la séparation d’un couple née d’un étrange quiproquo – laisse ainsi vite la place à un étrange jeu de dupes où des interprétations contraires sont suggérées et s’affrontent indirectement, par la parole d’hommes libérée sous l’effet de la surprise, de l’incompréhension, de la séduction ou du reproche. La théâtralité de la situation se trouve bien sûr amplifiée dans la mise en scène très légère de Hong Sangsoo : unicité du lieu de chaque scène, découpages par des fondus au noir musicaux et fixité de la caméra… Bien plus, les jeux amoureux dont il est question, le rapport trouble entre légèreté de Minjung (« Amusez-vous. Tout comprendre n’est pas si important ») et gravité des hommes dupés confèrent un air badin à une intrigue imbibée des vapeurs alcoolisées du soju. Car comme souvent chez Hong Sangsoo, l’intrigue se noue autour d’un repas arrosé ou dans un débit de boissons. Lieux de rencontre, de sociabilité, mais aussi du regard et du commentaire, les places publiques de Hong Sangsoo sont l’espace premier de la perception et de la représentation – donc du fantasme. La problématique centrale de l’enivrement – cause initiale de la dispute – n’est pas anodine. Reflétant l’ivresse de ses personnages, Hong Sangsoo travaille la figure du double : dédoublement de Minjung bien sûr, répétition des situations (la scène de drague au café), doublement de la figure du réalisateur dans l’intrigue, sans parler de l’effet miroir perpétué d’un film à l’autre (via les acteurs notamment). Le mystère que Minjung cristallise est au cœur de ce vertige, et le jeu naïf et radieux de Lee You-Yoong apporte énormément à l’innamoramento de ses prétendants.

« Vous vous sentez perdu ? »

Le film tire du quiproquo fondateur bien plus que de la fiction, en mettant non seulement en doute la confiance de Youngsoo et les certitudes des autres galants, mais également celle du spectateur confronté à une incertitude troublante face à ce qu’il voit. Le personnage de Minjung, qui a quelque chose de fascinant, à l’image de cette très belle et irréelle scène où elle marche pieds nus dans un ruisseau, ouvre une brèche et met en abyme, par sa gémellité ou son mensonge, les mécanismes de connaissance et de reconnaissance de l’autre dont on fait l’expérience au quotidien et que nous reconstitue le cinéma. Yourself and Yours touche alors au but, en ce qu’il met en scène le caractère insaisissable de l’être aimé et se termine par une très belle séquence qui signe l’acceptation par Yongsoo, malgré cela, de Minjung comme présence, comme fiction et comme projet.

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