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Perdrix

Perdrix

de Erwan Le Duc

Perdrix

de Erwan Le Duc

Cabinet de curiosités


Cabinet de curiosités

À mi-chemin entre le cinéma de Wes Anderson et celui des frères Larrieu, Perdrix se présente comme une comédie d’auteur, singulière et fantaisiste, dont la principale erreur est de penser que composer un cabinet de curiosités suffit à constituer une œuvre véritablement originale. Le film, qui voit au départ Juliette (Maud Wyler) s’installer avec la famille du gendarme Pierre Perdrix (Swann Arlaud), mélange ainsi les tonalités absurdes et mélancoliques, entremêlant de nombreux fils narratifs tous plus farfelus les uns que les autres (reconstitution historique nazie, mouvement révolutionnaire nudiste, etc.). Chaque personnage possède de surcroît une occupation ou un trait de caractère prétendument insolite : le personnage de Nicolas Maury est géodrilologue (un biologiste spécialisé en vers de terre) quand celui de Maud Wyler affiche une excentricité sans gêne. Tout cela aboutit à un récit foutraque où le bizarre, en devenant lui-même une norme, perd de son étrangeté. De par ses mouvements de caméra virevoltants et ses lumières colorées, la mise en scène donne elle aussi l’impression d’une folie de surface, qui tente sans succès de masquer un récit des plus conventionnels.

Toutes les étapes de ce scénario attendu s’avèrent en effet particulièrement claires et visibles : Juliette fait office d’élément déclencheur qui vient perturber la famille Perdrix avant d’être à l’origine de la résolution de leur malheur, tandis que Pierre a du mal à la séduire. Outre leur originalité apparente, les personnages incarnent de véritables archétypes, de la dure au cœur tendre à la veuve inconsolable en passant par le savant incompris. Sous couvert d’anticonformisme, la romance entre les deux personnages principaux, Pierre et Juliette, coïncide de plus avec une vision éculée de l’« amour fou ». La scène où Pierre heurte la voiture de sa bien aimée après avoir dévalé une pente à vélo, qui montre Juliette le quitter avec qu’il ne la rattrape malgré tout, s’avère à ce sujet symptomatique d’un film prévisible en tous points. Rien d’étonnant par exemple à ce que tout finisse par rentrer dans l’ordre dans un sirupeux happy end, qui voit les deux figures solitaires se mettre ensemble, la mère éplorée se consoler ou le père et la fille qui n’arrivaient jusqu’à présent pas à communiquer s’ouvrir enfin l’un à l’autre. C’est qu’en cherchant à tout prix à susciter l’étonnement, Perdrix ne réserve en réalité que très peu de surprises.

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