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Ce n’est qu’un au revoir

Ce n’est qu’un au revoir

de Guillaume Brac

Ce n’est qu’un au revoir

de Guillaume Brac

La vie kétaeux


La vie kétaeux

Depuis Tonnerre, seul film de Guillaume Brac réalisé en suivant un schéma traditionnel de production (scénario écrit et réécrit, avance sur recettes du CNC, long tournage, etc.), le cinéaste n’aura eu de cesse de contourner ce système, enchaînant films d’atelier (les deux courts de Contes de juillet, réalisés en collaboration avec le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique), documentaire buissonnier (L’Île au trésor) et fiction diffusée d’abord à la télévision sur Arte, avant une sortie en salle (À l’abordage). D’une durée dépassant à peine une heure, Ce n’est qu’un au revoir poursuit cette recherche d’un modèle alternatif en s’intéressant à de jeunes adultes qui tentent tant bien que mal de se créer eux-mêmes une place dans le monde. Il s’agit d’une sorte de suite d’Un pincement au cœur, le précédent moyen-métrage de Brac, qui encapsulait quelques fragments de la fin de l’année scolaire de deux adolescentes d’un lycée d’Hénin-Beaumont. La question de l’amitié et de sa persistance à travers le temps, qui hantait déjà ce petit film, se retrouve d’emblée au cœur de Ce n’est qu’un au revoir. Nous ne sommes plus dans le Pas-de-Calais, mais dans la Drôme ; Aurore, Nours, Jeanne, Diane et les autres vont bientôt quitter l’internat afin de poursuivre leurs études aux quatre coins du pays.

Si Brac évite toujours de réaliser des films « à sujet », ce nouveau film détonne tout de même en dépeignant une communauté sociale très spécifique : les babos. Tous les personnages, à leur manière (qu’ils portent un sarouel, aient des dreadlocks ou rêvent d’habiter une vallée autogérée), frayent avec cet imaginaire altermondialiste. On pourrait craindre que le cinéaste ne tombe dans une forme de fascination pour le pittoresque de la vie de ces néo-hippies, mais son rapport à eux se révèle en réalité plus beau et plus complexe. C’est comme si le film leur appartenait autant qu’à lui, Brac ne portant jamais de regard surplombant. Avec un soin rohmérien du cadre fixe en 4/3, il laisse se déplier des discussions dans des dortoirs ou des classes bientôt vides, panotant parfois pour accueillir la parole d’un personnage jusqu’ici hors champ. Si le film reste modeste, il n’en témoigne pas moins d’une certaine précision, notamment dans sa manière d’immortaliser, par des plans en forme de portraits, ces visages juvéniles. La construction en chapitres et le recours à la voix off relèvent en revanche d’une inspiration plus scolaire. Les automatismes de montage qui accompagnent les différents monologues (cf. la répétition, à différentes étapes, d’une séquence au bord de la rivière) donnent parfois l’impression d’assister à un épisode illustré des Pieds sur terre (ce qui n’est pas non plus déshonorant). C’est plutôt lorsque le film s’ancre dans un pur présent que Brac parvient à saisir la singularité de ce petit collectif. Il s’intéresse autant aux maladresses de ces adolescents qu’à leur engagement politique (qu’il prend au sérieux), en passant par leurs égarements musicaux (La Rue Kétanou, Les Ogres de Barback, de la dub en plein champ : rien ne nous est épargné). Dans l’épilogue promis par le titre, deux des personnages principaux se disent au revoir. La manière dont ils se prennent la main, d’un geste mal assuré, raconte en un plan ce que le film avait pudiquement éludé : une histoire d’amour. Brac n’en capte que la fin, juste avant le départ du train, et c’est alors tout le film qui semble se recomposer devant nous. Finalement, Ce n’est qu’un au revoir était bel et bien un teen movie dans les règles de l’art.

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