© Condor Distribution
Ce n’est qu’un au revoir

Ce n’est qu’un au revoir

de Guillaume Brac

  • Ce n’est qu’un au revoir

  • France2024
  • Réalisation : Guillaume Brac
  • Image : Emmanuel Gras
  • Son : Emmanuel Bonnat, Simon Apostolou
  • Musique : Paola Termine
  • Producteur(s) : Nicolas Anthomé
  • Production : Bathysphere
  • Distributeur : Condor Distribution
  • Date de sortie : 2 avril 2025
  • Durée : 1h03

Ce n’est qu’un au revoir

de Guillaume Brac

La vie kétaeux


La vie kétaeux

Depuis Tonnerre, seul film de Guillaume Brac réalisé en suivant un schéma traditionnel de production (scénario écrit et réécrit, avance sur recettes du CNC, long tournage, etc.), le cinéaste n’aura eu de cesse de contourner ce système, enchaînant films d’atelier (les deux courts de Contes de juillet, réalisés en collaboration avec le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique), documentaire buissonnier (L’Île au trésor) et fiction diffusée d’abord à la télévision sur Arte, avant une sortie en salle (À l’abordage). D’une durée dépassant à peine une heure, Ce n’est qu’un au revoir poursuit cette recherche d’un modèle alternatif en s’intéressant à de jeunes adultes qui tentent tant bien que mal de s’aménager eux-mêmes une place dans le monde. Il s’agit d’une sorte de suite d’Un pincement au cœur, le précédent moyen-métrage de Brac (qui sort en salle couplé à celui-ci), où le cinéaste encapsulait quelques fragments de la fin de l’année scolaire de deux adolescentes d’un lycée d’Hénin-Beaumont. La question de l’amitié et de sa persistance à travers le temps, qui hantait déjà ce petit film, se retrouve d’emblée au cœur de Ce n’est qu’un au revoir. Nous ne sommes plus dans le Pas-de-Calais, mais dans la Drôme ; Aurore, Nours, Jeanne, Diane et les autres vont bientôt quitter l’internat afin de poursuivre leurs études aux quatre coins du pays.

Si Brac évite toujours de réaliser des films « à sujet », Ce n’est qu’un au revoir détonne tout de même en dépeignant une communauté très spécifique : les babos. À leur manière, tous les personnages (qu’ils portent un sarouel, aient des dreadlocks ou rêvent d’habiter une vallée autogérée) frayent avec cet imaginaire altermondialiste. On pourrait craindre que le cinéaste ne tombe dans une forme de fascination pour le pittoresque de la vie de ces néo-hippies, mais son rapport à eux se révèle en réalité plus beau et complexe. C’est comme si le film leur appartenait autant qu’à lui, Brac ne portant jamais de regard surplombant. Au sein de cadres fixes et en 4/3, il laisse se déplier des discussions dans des dortoirs ou des classes bientôt vides, panotant parfois pour accueillir la parole d’un personnage jusqu’ici hors champ. Si la construction en chapitres relève au premier abord d’une inspiration plus scolaire avec les différentes voix-off qui se succèdent, le recours à ce procédé permet à Brac de capter une autre facette de ces visages juvéniles. Tandis que l’on entend à tour de rôle les personnages se confier, la caméra se concentre sur des adolescents silencieux, pour composer des portraits souvent mélancoliques qui tranchent avec les séquences de groupe. Mais c’est lorsque le film s’ancre dans un pur présent que Brac parvient le mieux à saisir la singularité de ce petit collectif. Il s’intéresse autant aux maladresses de ces jeunes qu’à leur engagement politique (qu’il prend au sérieux), en passant par leurs égarements musicaux (La Rue Kétanou, Les Ogres de Barback, de la dub en plein champ : rien ne nous est épargné). Dans l’épilogue promis par le titre, deux des personnages principaux se disent au revoir. La manière dont ils se prennent la main, d’un geste mal assuré, raconte en un plan ce que le film avait pudiquement éludé : une histoire d’amour. Brac n’en capte que la fin, juste avant le départ du train, et c’est alors tout le film qui semble se recomposer devant nous. Finalement, Ce n’est qu’un au revoir était bel et bien un teen movie dans les règles de l’art.

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