Contes de juillet
Contes de juillet
    • Contes de juillet
    • France
    •  - 
    • 2017
  • Réalisation : Guillaume Brac
  • Scénario : Guillaume Brac, Anne Brouillet
  • Image : Alan Guichaoua
  • Son : Emmanuel Bonnat, Julien Roig
  • Montage : Louise Jaillette
  • Musique : supervisée par Thibaut Deboaisne pour Sound Division
  • Producteur(s) : Nicolas Anthomé
  • Production : Bathysphère
  • Interprétation : Miléna Csergo, Lucie Grunstein, Jean Joudé...
  • Distributeur : Les Films du Losange
  • Date de sortie : 25 juillet 2018
  • Durée : 1h10

Contes de juillet

réalisé par Guillaume Brac

Sélectionné au Festival de Locarno l’an dernier et lauréat du prix Jean Vigo 2018 du court métrage, Contes de juillet est né d’une forme mineure, d’un simple atelier d’étudiants du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique encadré en 2016 par Guillaume Brac (Un monde sans femmes, Tonnerre, L’Île au trésor).  Des trois courts métrages de l’exercice, Brac n’en a conservé que deux, L’Amie du dimanche et Hanne et la fête nationale. Unis par une même coloration estivale et leur badinage amoureux, ces petits contes moraux dégagent, malgré la légèreté de leurs moyens de production, un indéniable charme qui a quelque chose de terriblement rohmérien et confirment la sensibilité moraliste du cinéaste.

Périphéries amoureuses

Comme le réalisateur de L’Ami de mon amie, Brac pose sa caméra sur des sites emblématiques de la banlieue parisienne (la base de loisirs de Cergy-Pontoise) ou en bordure de la capitale (la Cité Internationale Universitaire) et insuffle à ses histoires la singularité que dégagent ces lieux qui semblent hors du monde. Le parc aquatique de Cergy-Pontoise, qui servira l’été suivant de sujet à son beau L’île au trésor, est ici habité par une fiction qui anticipe les principaux motifs du futur documentaire : fin de semaine entre amies, amourettes de contrebande, triangulation amoureuse. Les deux héroïnes de L’Amie du dimanche explorent les recoins de la base à la recherche d’un lieu de baignade, rencontrent un jeune homme qui est employé comme garde-secouriste et se laissent toutes deux séduire, et diviser, par celui-ci. La base de loisirs sert d’écrin à la description d’une relation d’amitié, construite autour de petits moments ensemble (le trajet en RER) ou séparés (Lucie errant seule); les scènes, reliées entre elle par un thème musical léger et badin, laissent entrevoir les sentiments de la jeunesse filmée sur ses lieux d’abandon. La Cité Internationale Universitaire, qui sert quant à elle de cadre à Hanne et la fête nationale, est moins abondamment explorée mais offre la possibilité de mettre en scène la bulle qu’est la colocation étudiante et les marivaudages qui peuvent y naître.

« Les idées derrière la tête »

Bien plus que les lieux, c’est le ton du cinéaste de la Nouvelle Vague qui est ici retrouvé : marivaudages étudiants, amours de vacances et triangles amoureux sont au cœur du dispositif. Il faut saluer la finesse d’écriture de ces deux courts qui parviennent à mettre en scène la fragilité des sentiments de ces personnages. Les Contes de juillet confirment le talent aigu du cinéaste pour la direction d’acteur et la construction de scènes fragiles où peuvent tout à la fois naître et s’évanouir les désirs amoureux (ici estudiantins). Centré sur ses acteurs, économe dans ses effets, le cinéma de Guillaume Brac tire un fil délicat qui tient beaucoup à la qualité d’interprétation et la justesse de ce qui est montré, des non-dits et du hors-champ. À ce titre, la danse de Hanne et Salomé autour du jeune pompier (Sipan Mouradian) dans Hanne et la fête nationale s’avère être un beau moment de climax amoureux, révélant dans le lâcher prise de l’ivresse l’égoïsme de l’héroïne. Surtout, on retrouve dans ces Contes un motif déjà en germe dans Un monde sans femmes et Tonnerre : celui de la maladresse des hommes dans la séduction et de leur violence face à la frustration ou à l’échec. Alors qu’il était tout entier incarné dans le corps engoncé et malhabile de Vincent Macaigne, qui surprenait par ses saillies brutales contre ses concurrents, ce motif est ici plus diffus, mais néanmoins central : porté par l’aréopage d’hommes qui tournent autour des héroïnes, les draguent, les matent, les embrassent, il gagne en complexité ce qu’il abandonne en empathie. Ces portraits d’hommes fragiles et ambigus resteront sans doute comme un des traits qui relient les premières œuvres du cinéaste, comme autant d’avatars d’un même désir amoureux tout à la fois retranché et prêt à exploser.

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