Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot
© Iconoclast
Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot
    • Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot
    • États-Unis
    •  - 
    • 2018
  • Réalisation : Gus Van Sant
  • Scénario : John Callahan, Gus Van Sant, Jack Gibson, William Andrew Eatman
  • d'après : l'autobiographie Don't Worry, He Won't Get Far on Foot
  • de : John Callahan
  • Image : Christopher Blauvelt
  • Décors : Jahmin Assa
  • Costumes : Danny Glicker
  • Montage : Gus Van Sant, David Marks
  • Musique : Danny Elfman
  • Producteur(s) : Charles-Marie Anthonioz, Mourad Belkeddar, Nicolas Lhermitte, Steve Golin
  • Production : Iconoclast, Anonymous Content, Big Indie Pictures
  • Interprétation : Joaquin Phoenix (John Callahan), Jonah Hill (Donnie), Rooney Mara (Anna), Jack Black (Dexter), Carrie Brownstein (Suzanne), Beth Ditto (Reba), Kim Gordon (Corky), Christopher Thornton (Charles-Marie)...
  • Distributeur : Metropolitan FilmExport
  • Date de sortie : 4 avril 2018
  • Durée : 1h54

Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot

réalisé par Gus Van Sant

Le projet du nouveau film de Gus Van Sant peut se résumer à son titre, Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot, soit un fait négatif (ici, le handicap) transformé en un élan positif (en l’occurrence un gag de John Callahan, le cartooniste tétraplégique dont le cinéaste dresse le portrait). C’est à la lettre l’itinéraire de Callahan, alcoolique déprimé qui retrouve progressivement goût à la vie en délaissant la part négative de son existence et trouve ainsi la force de dépasser ses griefs (envers ses parents adoptifs, l’homme responsable de son accident, sa mère qui l’a abandonné) et surtout de se pardonner lui-même. Programme limité s’il en est, mais auquel Van Sant parvient dans un premier temps à donner de l’intérêt par un montage alterné qui donne à voir la contingence d’expériences menant à un dessin en particulier, le dernier montré à l’écran, dont les différents composants s’animent en un mouvement évolutif (du premier poisson à l’homme moderne qui reçoit une récompense). L’entrelacement en flashbacks, qui joue pleinement sur la malice des raccords (exemple : une phrase commencée lors d’un discours à une cérémonie s’achève dans une réunion des Alcooliques Anonymes), permet ainsi au film de dévier temporairement du chemin balisé avant qu’il ne se voit rattrapé, d’abord par la joliesse de son enrobage arty (scènes musicales de bonheur et flous « artistiques »), puis par la lourdeur de sa construction dramatique, et rentre définitivement dans le rang.

Ainsi dans une séquence charnière, Callahan, qui se retrouve seul chez lui dans sa maison verrouillée à clef, voit son unique bouteille de vin lui échapper des mains et rouler sous son canapé. Cloué dans son fauteuil roulant, il tourne autour, cherche à ouvrir sa porte d’entrée à deux reprises, regarde avec envie une bouteille de vodka laissée hors de sa portée dans un placard, avant de revenir piteusement dans le salon où l’alcool reste inatteignable. Survient alors une épiphanie fantastique : sur son dos s’imprime la trace d’une main et Callahan, surpris, se retourne et voit la projection mentale de cette mère biologique qu’il n’a jamais connue. Non seulement la trajectoire scénique est lourde (à force de tourner autour de l’objet de sa pathologie, Callahan en trouve la source psychanalytique exacte), mais le scénario en rajoute une couche : quand Tim, celui qui s’occupe de l’aider, entre enfin dans la maison, le cartooniste, ému, lui fait part de son expérience et confie « Je crois que je ne boirai plus jamais ». Déjà, lors de sa première réunion des AA, Callahan « cachait », dans une phrase débitée à la mitraillette, la clef de son mal-être : « bonjourjem’appelleJohnCallahan,mamèrem’abandonnéetjesuisalcoolique ». On pourrait dès lors se demander pourquoi Gus Van Sant s’est intéressé à une figure dont l’itinéraire dramaturgique est si grossier, si quelques scènes, elles non plus pas très subtiles (à l’image de ce zoom appuyé sur un couple gay qui partage discrètement des gestes de tendresse, dans la profondeur d’un parc où Callahan boit honteusement sa bouteille devant deux clochards), pointaient le cœur vaguement « secret » du film : ces marginaux qui entourent Callahan et pour lequel le cinéaste ne cache pas sa tendresse. Reste que ce regard amoureux n’empêche pas le film de rester à la surface des choses, incapable de creuser une réelle profondeur.