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Le Cercle des neiges

Le Cercle des neiges

de J.A. Bayona

  • Le Cercle des neiges
  • (La sociedad de la nieve)

  • Espagne, Uruguay, Chili2023
  • Réalisation : J.A. Bayona
  • Scénario : Juan Antonio Bayona, Bernat Vilaplana
  • d'après : La sociedad de la nieve
  • de : Pablo Vierci
  • Image : Pedro Luque
  • Producteur(s) : Belén Atienza, Sandra Hermida
  • Production : Netflix España
  • Interprétation : Enzo Vogrincic (Numa), Agustín Pardella (Nando), Matías Recalt (Roberto), Tomás Wolf (Gustavo), Esteban Kukuriczka (Fito)...
  • Distributeur : Netflix
  • Date de sortie VOD : 4 janvier 2024
  • Durée : 2h24

Le Cercle des neiges

de J.A. Bayona

Trou d'air


Trou d'air

Centré sur le crash d’un avion dans la cordillère des Andes en octobre 1972, Le Cercle des neiges retrace l’histoire vraie de la survie de certains de ses passagers au prix de bien des souffrances et sacrifices. Ce faisant, Juan Antonio Bayona prolonge la dynamique déjà au cœur de The Impossible : la confrontation entre une communauté d’individus et les forces quasi surréelles de la nature. La scène du crash figure ainsi d’emblée une forme de volonté propre des Andes, figurée comme une entité aux exigences impénétrables. Dans un dialogue ouvertement ironique (surtout au regard de la suite du récit et des cas de cannibalisme qu’il met en scène), l’un des stewards du vol prétend que la chaîne de montagnes voudrait « avaler » ceux qui la survolent, mais que l’ingéniosité des aviateurs aurait mis en échec son appétit (« on est plus malins », se vante-t-il). Ce même steward, pour achever de convaincre les quelques passagers tout de même inquiétés par les secousses répétées, va jusqu’à dessiner la façon dont le pilote a choisi de contourner les dangers de la cordillère : pour éviter les vents trop puissants des sommets, l’avion passe par une vallée. Mais en alternant des plans sur le tracé du dessin et la trajectoire de l’appareil, Bayona montre pourtant que la montagne semble attirer l’appareil dans d’épais nuages tempétueux. La situation se dégrade alors rapidement, comme en témoigne le travail sur le son : à l’extérieur, la pluie glacée semble ronger le revêtement de l’avion, tandis que la puissance du vent fait grincer la carlingue et gronder les moteurs. Parallèlement, les plans relativement fixes et longs du début du trajet laissent place à un montage plus heurté, rythmé par les chocs et les trous d’air. Jusqu’à ce que l’avion disloqué s’écrase sur les sommets, dans un grand fracas de corps broyés de toutes parts et finalement bel et bien « avalés » par la fermeture au noir ponctuant la séquence.

La suite est malheureusement moins inspirée, autant dans la manière dont Bayona met en scène sa fascination pour les sommets que dans sa volonté de dépeindre un petit groupe de survivants. S’il entend filmer les différents phénomènes naturels comme l’expression du tempérament de la montagne (calme du froid sec, déferlement de la tempête, éboulement soudain, etc.), le cinéaste ressasse des effets qui tournent à vide, tels ces nombreux plans de drones caressant le manteau neigeux, ou les innombrables panoramas montrant les personnages isolés dans l’immensité du décor. Les conflits moraux extrêmes amenés par les circonstances ne font que moduler à la marge les choix de mise en scène, le grand angle venant par endroits se rajouter aux gros plans pour exacerber encore un peu plus la détresse des passagers. En vérité, après son décollage mouvementé, Le Cercle des neiges semble vite passer en pilote automatique.

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